Bulletins de l'Ilec

REP ici et ailleurs - Numéro 456

01/04/2016

Les dispositifs nationaux mis en place en réponse aux exigences communautaires diffèrent. Point de vue d’une entreprise en mesure de les étalonner. Entretien avec Philippe Diercxsens, directeur de l’environnement, Danone Waters Division

Les metteurs en marché sont-ils fondés à avoir une traçabilité de leur contribution et de l’usage qui en est fait par l’éco-organisme ?

Philippe Diercxsens : Oui, c’est ce que nous souhaitons prioritairement. Le principe est simple : si le metteur en marché paie, il veut s’assurer de l’efficacité du dispositif. Certes, il ne décide pas seul. La bonne entente avec les pouvoirs publics, les collectivités locales et les autres partenaires est primordiale, par une coresponsabilité dans la gestion des déchets, pour que le système REP soit efficace en termes d’euros investis par tonne de déchets d’emballages collectés et recyclés. Nous devons également défendre les consommateurs, qui sont des acteurs responsables, mais aussi les impliquer en tant que citoyens (faire le bon geste de tri). Enfin, il convient de soutenir la filière de recyclage par des écocontributions Point vert transparentes et équitables. Si les entreprises se sont engagées dans ce système, c’est pour faire partie de la solution, avec un dispositif efficace impliquant tous les acteurs concernés. Elles acceptent de payer, mais elles veulent savoir pour quoi, et que le système soit géré avec efficacité et au moindre coût.

Une entreprise implantée dans plusieurs pays européens, comme Danone, a-t-elle à connaître des systèmes de REP disparates ?

Ph. D. : Oui. Les systèmes sont très différents d’un pays à l’autre, souvent en raison d’une législation locale spécifique. La directive européenne sur la gestion des emballages n’interdit pas des modèles propres à chaque pays. Elle fixe des objectifs mais ne dit pas comment les atteindre. La directive de 2004 fixait un objectif minimal de recyclage des plastiques de 22,5 %, mais beaucoup de pays ont dépassé ce taux, à 40 ou 50 %. La manière de gérer la REP aussi peut varier, et le territoire couvert, les types de matériaux collectés, les salaires, les niveaux de TVA. La Belgique, l’Espagne ou le Portugal ont des REP nationales sans concurrence entre éco-organismes, ce qui est encore le cas de la France (dont le système s’ouvrira à la concurrence en 2017). Dans d’autres pays, la concurrence prévaut. C’est le cas de l’Allemagne (neuf éco-organismes) ou de la Pologne (vingt-trois). Il faut cependant éviter le surnombre. Danone, installé dans plusieurs pays, compare les systèmes en termes de coûts, ce que l’on a pour ce que l’on paie, et réfléchit aux moyens de rendre les systèmes plus efficaces.

Dans quel pays le système est-il le meilleur ?

Ph. D. : Le système belge obtient des performances de recyclage parmi les meilleures d’Europe, pour un coût qui ne dépasse pas 90 € la tonne facturée aux entreprises, alors que d’autres pays dépassent 110 €. Il est souvent cité en modèle. Le système allemand a depuis plus longtemps que les autres résolu le problème du recyclage ou de la valorisation de tous les plastiques, mais c’est un système très coûteux, et où les resquilleurs sont estimés à plus de 25 %, dû à l’absence de contrôle par l’État. Certains systèmes ne fonctionnent pas, en Bulgarie ou en Roumanie, où plus de 70 % des déchets d’emballages sont mis en décharge. Dans sept pays européens la mise en décharge est interdite depuis dix ans, ce qui se traduit par des performances de recyclage très élevées et des récupérations énergétiques importantes.

Et le modèle français?

Ph. D. : Le système français de REP, sous certains aspects, ressemble au système belge, mais il stagne dans ses performances de recyclage, 68 % pour un objectif de 75. La France a un grand territoire, avec une densité de population plus faible. L’habitat vertical des grandes villes françaises pose problème. Des machines sont expérimentées auprès de distributeurs, qui leur permettent d’accepter des bouteilles en plastique vides, en échange de coupons de fidélisation. On ne collecte qu’une bouteille sur deux, il serait souhaitable d’en collecter deux sur trois au moins.

Quelle amélioration attendre de la concurrence des éco-organismes ?

Ph. D. : De quelle concurrence parlons-nous ? De celle du modèle allemand, où elle est totale, où les prix sont libres et les systèmes à but lucratif, ou de la France, où la concurrence entre éco-organismes – tous à but non lucratif – s’exercera à la marge, au niveau du barème amont ? Tout profit devra être réinvesti dans la R&D ou l’offre de nouveaux services. Ainsi Valorie appartient à une société allemande, qui souhaite proposer des offres de services différentes selon que les entreprises sont nationales ou multinationales, et qui couvriront plusieurs pays.

Les obligations auxquelles sont soumis les metteurs en marché en matière de déchets d’emballages laissent-elles encore la place à une libre responsabilité de leur part ?

Ph. D. : Dans les pays où la REP est pilotée par l’industrie, la notion de responsabilité a pleinement sa place. Dans d’autres comme la Hongrie, où le système de REP ne fonctionnait pas bien, il a été supprimé et remplacé par une taxe, mais sans gain d’efficacité. Et la responsabilité y a totalement disparu.

Propos recueillis par J. W.-A.

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