Bulletins de l'Ilec

Emploi en renouvellement

le 27/02/2017

Dans l’industrie de PGC comme ailleurs, des métiers d’exécution vont disparaître au profit de métiers de création. D’autres perdureront avec le secours de la formation continue, afin d’apprivoiser la robotique. Entretien avec Guy Minguet, professeur à l’École Mines-Télécoms Atlantique

Entre les sites de production industrielle et les sites administratifs, R&D et supports d’un secteur comme celui de l’Ilec, quels sont les plus concernés par les évolutions de l’emploi ?

 

Guy Minguet : L’introduction d’automates et de robots, autrement dit la digitalisation, concerne tous les secteurs industriels, en France comme dans d’autres pays européens et aux États-Unis. Son effet sur l’emploi s’analyse à quatre niveaux : la création, la transformation, la destruction et le déplacement. Une école techno-pessimiste prédit la fin d’une époque et les pires catastrophes. L’école techno-optimiste et pragmatique argue que la technologie de rupture s’est toujours invitée, détruisant des emplois mais en créant d’autres.

La création d’emplois se fait grâce à de nouveaux produits et services, de nouveaux marchés. Les emplois vont se créer dans le stylisme, les secteurs qui privilégient la créativité, la R&D, l’innovation. C’est le domaine de l’immatériel, qui a des effets sur la matérialité, sur les produits. Il y aura des créations d’emplois dans le commerce, mais cela concernera surtout des emplois hautement qualifiés, au détriment des fonctions actuelles d’employés (hôtes de caisse…). Ce seront des emplois de commerciaux connaissant parfaitement les produits et sachant les vendre, qui parfois viendront de l’univers technique et qui se tiendront à la frontière des nouveaux marchés, des nouvelles plates-formes. Des emplois seront également créés dans la maintenance, l’entretien de l’outil de production, des logiciels, tout ce qui sera lié à la sûreté et à la sécurité des installations, ainsi qu’aux problématiques environnementales. Ces fonctions demandent des niveaux bac technique, IUT et ingénieur.

La transformation des emplois passe par les automatismes, les robots et les interfaces entre les hommes déjà en poste et les machines intelligentes. Les fonctions de production et d’assemblage qu’assurent les ouvriers, hautement qualifiés ou non, les chefs d’atelier, les contremaîtres, seront concernées. Ces personnels devront s’adapter grâce à la formation continue. Les générations les plus âgées devront surmonter le stress d’une nécessaire mise à niveau, pour apprivoiser la robotique et respecter les règles de maintenance et de qualité des produits. Pour les jeunes générations nées dans le numérique, le coût psychologique sera moindre.

Le numérique va également modifier les relations de travail, les relations managériales. Cela concerne les fonctions d’encadrement et de proximité (contremaîtres, chefs d’atelier, techniciens et dirigeants). Le rôle du manager va se trouver transformé, car il devra motiver et encourager ses équipes avec un langage de vérité, pour qu’elles se mettent à niveau. Il devra expliquer les raisons pour lesquelles l’entreprise se tourne vers la robotique, le numérique. Les nouveaux managers devront eux-mêmes avoir été formés à l’analyse économique de ces technologies, des nouveaux marchés, des nouveaux objets connectés.

Faut-il s’attendre aussi à des destructions d’emplois ?

G. M. : La destruction d’emplois touche ceux remplacés par les automates, et cela peut représenter de gros volumes. Les industries de marque sont mises en compétition sous l’aspect du prix par la grande distribution. Des emplois vont être directement menacés par cette relation commerciale tendue ; les emplois à risque, les plus susceptibles d’être automatisés, sont les plus routiniers, les plus manuels : ouvriers non qualifiés de la manutention et du procédé industriel, tous emplois simplifiés et simplifiables que les algorithmes pourront remplacer. La destruction d’emploi touche aussi les ouvriers qualifiés de la transformation chimique des matières premières, qui seront remplacés par des techniciens.

Plus difficile à cerner est le déplacement d’emplois déjà intégrés dans les entreprises, qui vont en partie muter en raison de la montée en puissance des plates-formes numériques, soit liées aux entreprises, car elles seront filialisées, soit créées par des informaticiens chevronnés qui vont aussi créer leur propre emploi. Ces fonctions sont les plus immatérielles, il s’agit des métiers d’interface, de coordination, et de services nouveaux (les « applis »).

Propos recueillis par J. W.-A.

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