Éditorial

Transition verte : empêchés d'agir ?

12/02/2026

La transition écologique s​‌’impose à l​‌’ensemble de l​‌’économie, chaîne des produits de grande consommation comprise. Elle a un coût réel, mesurable, qui se chiffre en centaines de millions d​‌’euros pour les acteurs économiques, même s​‌’il reste souvent invisible au consommateur — quelques centimes sur le prix final. C​‌’est ce que révèle l​‌’étude sur l​‌’inflation verte menée par Rexecode pour l​‌’Ilec¹ : non pas une simple addition, mais une cascade de surcoûts liés à l​‌’amélioration environnementale des produits et de leur commercialisation, du champ au rayon.

Pour l​‌’alimentaire, l​‌’offre produits représente 90 % de l​‌’empreinte carbone. La quasi-totalité des efforts et des surcoûts de décarbonation doit donc être portée par les seuls maillons industriels et agricoles. En amont, l​‌’agriculture évolue vers des pratiques agroécologiques qui nécessitent des investissements lourds, imposent des surcoûts et une prise de risque : baisse des rendements, donc des revenus. Les industriels transforment leurs outils, revoient leurs ingrédients, décarbonent leurs procédés. Ces efforts se chiffrent en centaines de millions par an pour les seuls adhérents de l​‌’Ilec, dont une partie est absorbée dans les marges.

Mais tout ne peut être porté seul. Les distributeurs investissent dans la logistique et les énergies décarbonées, mais détiennent aussi le pouvoir décisif sur le prix affiché en rayon. La question n​‌’est donc pas de savoir si la transition écologique coûte. Elle coûte, c​‌’est documenté. La question est de savoir qui supporte ce coût. Aujourd​‌’hui, le refus systématique de reconnaître ces surcoûts dans les négociations commerciales place l​‌’industrie devant un choix impossible : renoncer aux investissements verts ou voir ses marges s​‌’effondrer.

Ce n​‌’est ni tenable ni équitable. Mesurer ces surcoûts, c​‌’est sortir du débat stérile entre verdissement imposé et refus du coût. Organiser leur répartition équitable entre acteurs, c​‌’est garantir la viabilité de la filière tout entière.

¹ Étude économique sur la mesure de « l​‌’inflation verte » pour la grande consommation, Rexecode-Ilec, 2026

Nicolas Facon

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