Cas d’école

Écoconception

Candia : 0 % aluminium

28/01/2020

Les consommateurs l’ignorent souvent, mais il y a de l’aluminium dans les briques de lait. Et c’est une révolution technique de pouvoir s’en passer. Avec le lancement d’une brique UHT sans aluminium ni suremballage plastique, Candia et son partenaire Sig France opèrent un tournant.

Si Candia[1] « appartient à ses éleveurs », la marque n’entend pas ignorer les attentes de ses consommateurs en termes de développement durable et souhaite les tenir informés des efforts qu’elle engage en ce domaine. « Certaines technologies font avancer les choses mais ne sont jamais parfaites, pour autant les marques ont besoin de les valoriser et d’en faire un argument en rayon », explique Laura Garrot, responsable marketing filière et RSE de Candia. Comment, alors, valoriser un projet complexe et innovant d’écoconception ? Depuis 2017, Sodiaal a engagé le programme « #Value », qui consiste à trouver la meilleure valorisation dans un contexte de déconsommation du lait.

Juillet 2019 : après trois années de recherche et développement, en partenariat avec Sig Combibloc France[2], Candia propose une nouvelle brique de lait bio, la première brique UHT en France qui ne contient plus d’aluminium[3]. Cette ressource fossile vierge servait jusqu’alors de couche barrière pour protéger de l’air et de la lumière le lait, un produit très fragile. « Pour pouvoir le conserver quatre mois à température ambiante, l’emballage joue un rôle essentiel », rappelle Laura Garrot. Aussi, supprimer l’aluminium est une révolution technique, qui associe le couple machine-emballage et le produit. Elle se singularise de trois manières.

La brique écoconçue est composée de 75 % de carton certifié FSC C020428 provenant de forêts gérées durablement[4] et de 25 % de plastique partiellement d’origine végétale, contribuant ainsi au développement d’une filière de polymères hybrides[5] issus de déchets de bois et de ressources fossiles. Carton et polymères sont bien sûr des matériaux bio-sourcés et le carton est recyclé. La fonction barrière de l’aluminium est assurée par une reformulation de la couche de polyéthylène, Sig ayant incorporé du polyamide pour obtenir les protections à la lumière et à l’oxygène, et cela sans accroître la quantité globale de plastique. « Il fallait obtenir une étanchéité conforme aux normes en vigueur. On ne peut à ce jour mettre du lait en contact direct avec le carton, explique Laura Garrot, mais on espère qu’un jour ce sera possible. »

Deuxième singularité, la brique est placée dans un suremballage lui aussi en carton 100 % recyclé et recyclable, conçu par DS Smith, utile aussi bien pour le groupement, le transport et le prêt à vendre (valisette). Exit donc le film plastique de fardelage qui emballait le lot de six bouteillest.

Enfin, la brique est bien sûr toujours recyclable. Les dix critères de l’amélioration du cycle de vie du produit sont améliorés, dont l’empreinte carbone, divisée par deux. « Il reste à boucler la boucle : on n’arrive pas à réintégrer la matière recyclée dans la brique », reconnaît Laura Garrot. « Ce projet de longue haleine montre que les solutions viennent de la coopération entre acteurs qui s’impliquent tout au long de la chaîne et des salariés engagés qui y mettent toute leur énergie et leur savoir-faire. » Chez Candia, les équipes viennent aussi bien du marketing, des achats, de la qualité, de la R&D, du réglementaire, du juridique ou de la logistique, sans oublier la Laiterie de Campbon (Loire-Atlantique) et les éleveurs.

Design rupturiste

La révolution porte également sur le design, conçu par l’agence Gutenberg pour singulariser la brique en rayon et mettre en avant l’engagement de la marque. Les consommateurs sont peu impliqués dans l’acte d’achat de lait ; ils n’y ne consacrent que quelques secondes dans le rayon et ne privilégient pas une marque par rapport à une autre. « L’emballage n’est pas le critère numéro un de choix, mais il monte dans la catégorie du bio », précise Laura Garrot. D’où le choix du bio, segment le plus porteur pour valoriser l’écoconception. « Pour autant, le consommateur ne semble pas attendre de révolution majeure ; l’emballage est perçu comme relativement vertueux car recyclable, et sans perte de matière première car compact. ».

De surcroît, une personne sur deux seulement sait qu’une brique de lait se compose de carton, de plastique et d’aluminium. Comment mettre en avant que l’aluminium a disparu ? « Ce fut un défi pour nous, se rappelle Laura Garrot, nous avons pris quelques partis. » Le premier est la praticité, dont celle du prêt-à-vendre, et la même DLUO qu’une brique normale. Le deuxième, le dialogue avec les consommateurs : rester simple, éviter le débat d’expert pour promouvoir la transparence autour de l’écoconception et de l’équilibrage des masses (schéma présent sur le site de la marque[6]). « Nous acceptons de ne pas pouvoir tout dire, explique Laura Garrot, aussi souhaitons-nous privilégier le ressenti, le touché, avec un design kraft émotionnel et le visuel d’un visage souriant. » Inventeur des codes couleur de la segmentation du lait en 1973, Candia a choisi le blanc pour identifier ce produit[7].

Autre défi : le prêt-à-vendre en carton recyclé. S’il est moins résistant que le carton non recyclé, il peut être placé directement en rayon, ce qui est pratique pour le distributeur. Enfin, pour rendre cette technologie accessible malgré un coût de revient supérieur, la brique est vendue à 1,20 euro le litre, alors que le prix moyen du marché est de 1,24 euro.

Et demain ? Après avoir obtenu la certification du carton FSC et engagé des recherches sur la brique sans aluminium en 2016, puis la certification ISCC du plastique d’origine végétale en 2017 selon le procédé d’équilibrage des masses, la feuille de route de Sig France prévoit pour 2022-2025 un emballage 100 % renouvelable et un plastique 100 % d’origine végétale. Et pour 2025-2030, une empreinte positive aussi bien sur le plan environnemental (carbone, électricité verte) que sociétale. Autre défi : développer une nouvelle filière, celle des polymères végétaux, encore en devenir.

[1] Marque de lait de Sodiaal, première coopérative laitière française. Chiffre Sodiaal 2017 : 4, 7 milliards de litres de lait collectés ; 11 764 exploitations (20 % de la collecte en France). Candia : 1,2 milliard de litres de lait commercialisés, 50 millions de litres de crèmes.
[2] www.sig.biz.
[3] Oscar de l’emballage 2019 dans la catégorie Environnement.
[4] Dans la composition d’une brique standard, il y a 70 % de carton, 25 % de plastique et 5 % d’aluminium. Hors bouchon.
[5] Selon le système d’équilibrage des masses certifié par l’organisme ISCC (International Sustainability & Carbon Certification), pour la brique et son bouchon. Le système d’équilibrage des masses permet de réduire le coût d’entrée dans la nouvelle filière en termes de logistique et de production, et  garantit que la quantité de polymère végétal qui entre sous forme de matière première est identique à celle qui est utilisée dans la brique.
[6] https://www.candia.fr/dossier/emballage-plus-respectueux-de-lenvironnement.
[7] Née en 1971, Candia a inventé la bouteille UHT, la brique avec bouchon, les laits aromatisés, enrichis, et de croissance. Candia propose une gamme de produits et de marques : Viva, GrandLait, Le lait de ma région, Silhouette, Candy’up, Candia Baby, Candia Croissance, Les Laitiers responsables.

Jean Watin-Augouard

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