Vie des marques

Moët Hennessy, vers la régénération forestière

26/10/2021

Le groupe célèbre pour ses marques de cognac et de champagne s’engage dans des projets de reboisement en France et dans le monde, là où il est fortement présent. Entretien avec Sandrine Sommer, directrice développement durable, Moët Hennessy Vins et Spiritueux, LVMH.

Pourquoi Moët Hennessy a-t-il décidé d’agir sur la forêt ?

Sandrine Sommer : Dans le cadre de notre programme “Living soils, living together” (« Sols vivants, vivre ensemble ») lancé en janvier 2021, nous avons pris un premier engagement autour de la régénération des sols. Plusieurs axes de travail se déclinent autour de la viticulture durable avec la volonté de restaurer les écosystèmes et la biodiversité. La forêt, premier réservoir de biodiversité, est malheureusement menacée. Hennessy utilise du chêne pour faire vieillir ses eaux de vie, la forêt fait partie du procédé de fabrication. Il nous a semblé important et cohérent avec notre histoire de mettre la régénération des forêts à notre programme, lancé en 2020 par la maison Hennessy.

Comment cette action forêt s’inscrit-elle dans le programme “LVMH Initiatives for the environment” [1] qui a près de dix ans ?

S. S. : Ce programme s’inscrit parfaitement dans celui du groupe, il permet de régénérer la biodiversité sur des surfaces importantes, l’objectif étant de régénérer cinq millions d’hectares d’ici à 2030.

Quelles actions privilégiez-vous ?

S. S. : Ce programme permet de régénérer des systèmes très riches en biodiversité et de sensibiliser l’ensemble des communautés aux bienfaits de la forêt. Par ailleurs nous découvrons de nouvelles pratiques agricoles comme l’agroforesterie. Nous avons placé la régénération de forêts dans le cadre de la restauration des écosystèmes et de la protection de la biodiversité. Nous avons aussi décidé de travailler sur des pratiques issues de la forêt et nous avons lancé différents pilotes sur plusieurs terroirs à Cognac, dans notre vignoble en propre la Bataille, où sur quarante hectares nous avons procédé à de premières plantations de haies et d’arbres, en mars de cette année, que nous finalisons en novembre. Nous avons un autre projet en Champagne, chez Ruinart, dans le vignoble de Taissy, d’une surface identique avec le même calendrier.

Charente, Kenya, Oregon, Chine…

Avec quels partenaires experts travaillez-vous ?

S. S. : Nous avons besoin d’experts pour nous accompagner et quantifier l’ensemble de nos projets. Nous avons signé un partenariat avec l’association Pour une agriculture du vivant (PADV), un collectif d’experts qui travaillent sur la qualité des sols et les couverts végétaux, ainsi qu’avec ReNature à l’international, et avec Reforest’Action. Reforest’Action nous accompagne depuis 2020 pour des projets d’agroforesterie dans nos vignobles et pour notre programme de régénération de forêts. Hennessy a défini les zones où elle a décidé d’agir prioritairement, là où elle est très présente : Afrique (Kenya, Nigéria) et Afrique du Sud, États-Unis (Oregon, victime des incendies) et Chine. Reforest’Action propose des projets dans ces zones avec des indicateurs précis sur le nombre d’espèces à planter, d’hectares à régénérer, de personnes affectées positivement par ces projets. Une fois que nous nous sommes mis d’accord sur un projet, ils en assurent la mise en place et le suivi. Hennessy s’est fixé l’objectif ambitieux de régénérer cinquante mille hectares de forêts dans le monde.

Les objectifs de Moët Hennessy en matière de régénération de la forêt et d’agroforesterie se déclinent-ils de la même façon partout dans le monde ?

S. S. : L’agroforesterie ou la régénération de forêt ne font pas une recette unique à appliquer partout. Chaque projet doit s’adapter à la région où il est déployé, que ce soit pour les espèces à choisir, les études de sols, les besoins des populations. Les projets que nous menons avec Reforest’Action sont du sur-mesure ; car cette association a beaucoup de contacts locaux. Ainsi en Afrique, nous travaillons avec des ONG comme Trees for Kenya, qui choisit les meilleures espèces, les zones fiables dans le temps, et connaît bien les institutions et les acteurs locaux, qu’elle sait sensibiliser aux enjeux de leurs forêts. En revanche, les indicateurs pour mesurer les éléments sont partout les mêmes.

Ceux dont vous disposez en matière de viticulture régénératrice montrent-ils que vos initiatives peuvent bénéficier à la productivité en même temps qu’à la biodiversité ?

S. S. : Nous avons lancé nos pilotes depuis plusieurs mois et nous nous attachons à mesurer tout ce que nous faisons. Nous avons la conviction que cette viticulture régénératrice sera bénéfique à la fois à la biodiversité, à la qualité et à la productivité. Nous espérons le prouver par des chiffres prochainement.

R&D libre de droits

Quelle sont les critères de sélection d’un cépage, sont-ils appelés à changer dans les années ou les décennies à venir, du fait du réchauffement climatique ou d’autres contraintes écologiques ? Quel est votre effort de R&D vers des cépages plus résistants ?

S. S. : Nous mesurons bien les effets du changement climatique et les vivons sur le terrain. Nous avons effectivement lancé des recherches sur des cépages plus résistants, capables de s’adapter à cette transformation. Nous inaugurons ce mois d’octobre notre nouveau centre recherche et développement en Champagne, et nous y avons installé des chambres bioclimatiques, pour accompagner notre recherche sur les cépages. Toutes les recherches et solutions seront en libre accès.

Comment associez-vous les viticulteurs à vos démarches ? Quel en est le coût pour eux ?

S. S. : Nous avons toujours considéré nos viticulteurs – ils sont mille six cents à Cognac –   comme nos partenaires, et nous les associons à nos démarches. Nous les accompagnons dans l’obtention de leurs certifications environnementales, ainsi que pour la suppression des herbicides. Cela se traduit de différentes manières, entre Cognac et nos 180 hectares en propre où nous formons nos viticulteurs, et la Champagne, où nous accordons des primes à ceux qui suppriment les herbicides.

Partagez-vous vos avancées avec le reste de la filière viticole ?

S. S. : Sur des sujets aussi importants et difficiles à mettre en place, il est nécessaire de partager avec les interprofessions : Bureau national interprofessionnel du cognac (BNIC), Comité interprofessionnel des vins de Champagne (CIVC). Nous sommes bien conscients que pour aller plus loin nous devons le faire ensemble.

[1] https://www.lvmh.fr/groupe/engagements/societe-environnement/life-360-lvmh.

Propos recueillis par Jean Watin-Augouard

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