Vie des marques

Bonduelle, B-Corp nécessairement

19/02/2026

Le groupe agroalimentaire a rejoint le club assez fermé des entreprises certifiées B-Corp, ouvert en France par Danone. Une exigence renforcée pour des pratiques déjà pionnières en matière de durabilité.

Calendrier tenu. Bonduelle, le groupe familial français présent dans plus de cent pays qui entend « inspirer la transition vers une alimentation plus végétale », a achevé fin 2025 la certification B-Corp de l’ensemble de ses activités. Un chantier engagé plusieurs années auparavant et structuré en vagues successives1 : « Nous avions fait le choix de nous certifier en trois vagues pour assurer la montée en expérience et sécuriser l’aboutissement de la certification, explique Céline Barral, directrice RSE de Bonduelle. Les dernières phases se sont déroulées selon un schéma proche des premières, mais avec une efficacité accrue liée à notre courbe naturelle d’apprentissage : meilleure appropriation des standards, plus grande rapidité d’exécution, accompagnement plus structuré des entités. »

De fait, les filiales certifiées en fin de processus ont présenté un niveau de maturité supérieur grâce à cette courbe d’expérience. « Plus on certifie d’entités, plus on devient efficace et plus les pratiques s’améliorent », résume Céline Barral. D’autant que le référentiel B-Corp est appelé à progresser à moyen terme, abandonnant le système de points et de moyenne au profit d’une note minimale imposée dans chaque catégorie de critères. Cela pour favoriser la logique de progrès : une entité ne pourra plus être très mauvaise dans certaines pratiques et le compenser avec de meilleurs points dans d’autres.

“Nivellement par le haut”

Conséquence, les entreprises devront accéder à un niveau supérieur pour conserver leur certification dans un délai de trois ans, reproduisant la logique d’amélioration continue à l’œuvre notamment avec les standards d’assurance-qualité. « Même si nous sommes ravis de célébrer notre certification, souligne Céline Barral, la capacité à faire progresser nos pratiques est pour nous le plus important. » Ainsi, les filiales qui ont obtenu les premières la certification doit déjà élever leurs standards au niveau des meilleures performances internes. La directrice RSE appelle cela « nivellement par le haut ».

En France, et plus généralement en Europe, les dimensions sociales seront par exemple travaillées afin de renforcer l’alignement entre pays des pratiques et niveaux d’exigence. « En fonction des pays, explique Céline Barral, on peut avoir des approches différentes sur la diversité ou l’inclusion. Les nouveaux standards vont pousser l’écosystème à aller chercher un niveau plus élevé, à répliquer les meilleures pratiques. »

Sur le plan environnemental, l’industriel entend décliner des feuilles de route précises par domaines d’activité : chacun – agriculture, industrie, logistique – aura des objectifs chiffrés spécifiques, notamment en matière de réduction des consommations d’eau et d’énergie, de limitation du gaspillage et d’optimisation des intrants. Bonduelle fait partie des entreprises agroalimentaires qui militent activement pour l’agriculture régénératrice, fondée sur les couverts végétaux, la réduction du labour, la baisse des intrants ou une gestion raisonnée de l’eau, agronomie adaptée aux contraintes propres à chaque bassin de production. C’est pourquoi le groupe emploie environ deux cents « chefs de plaine », salariés chargés d’aider les agriculteurs partenaires dans leurs choix sur le terrain. « L’objectif est de préserver les sols et les gens qui les travaillent », résume Céline Barral.

Double matérialité

La conjoncture planétaire fait plus qu’appeler ces mutations, elle les rend indispensables, au vu de l’exposition croissante aux aléas climatiques et aux risques réputationnels. « La cartographie des risques issue de la double matérialité, indique Céline Barral, sert de base à des plans d’anticipation. »

Liant performances financière et socio-environnementales, la « double matérialité » accompagne la communication extra-financières introduite par la directive européenne encadrant les obligations d’information sur la durabilité des entreprises (“CSRD”)². Très en ligne avec la certification B-Corp, cette directive permet une lecture harmonisée et transparente des divers indicateurs RSE. En dépit des modifications des seuils récemment introduites par la Commission européenne, Bonduelle reste pleinement éligible à la directive et à l’analyse de double matérialité. « De toute façon, nous n’entreprenons pas ces démarches pour cocher les bonnes cases, assure Céline Barral, nous le faisons pour protéger notre modèle d’affaires. Quand on travaille avec la terre, il est vital de préserver les sols, les rendements et les écosystèmes humains. » Le fait que ses responsabilités combinent durabilité, marketing et planification stratégique témoigne de cette intrication : « Tout fonctionne de concert. Ce n’est pas une démarche à côté du business, c’est une condition de sa pérennité. »

Certification à promouvoir

Bonduelle promet que la certification B-Corp sera valorisée à grande échelle dès cette année. Tous les emballages intégreront le logo B-Corp, représentant des milliards de points de contact avec les consommateurs. D’autant que Bonduelle a élargi son portefeuille de produits, vers des plats prêts à l’emploi destinées à répondre à l’évolution des usages– un tiers des Français cuisineraient moins d’une heure par semaine – tout en maintenant un positionnement majoritairement classé A ou B au Nutri-Score.

En outre, une campagne de communication européenne va être déployée de mars à l’été. La notoriété du label reste limitée. Les consommateurs perçoivent bien ce label comme un signal vertueux mais ils n’en connaissent pas toujours le détail des pratiques. Parallèlement, la communication au niveau du groupe explique les fondamentaux de cette certification et son intérêt pour les agriculteurs, les salariés et toutes les parties prenantes.

Écoblanchiment, vœux pieux, bonnes intentions calculées ? « Nous n’avons pas la prétention de tout faire parfaitement, répond Céline Barral, mais ces actions constituent un facteur de cohérence dans un contexte où les industries font face à des injonctions contradictoires. Notre certification ne repose pas sur de l’autodéclaration, mais sur une validation garantie par un audit externe indépendant. »

Le leitmotiv du groupe, c’est que le travail de la terre et celui des hommes qui en ont la charge restent le fondement de son activité ; la durabilité de ses pratiques n’est pas une option mais une condition vitale : sans revendication utopique, la croissance de ses marques et de ses revenus l’oblige à tendre vers des pratiques irréprochables.

1 « Bonduelle : comment devient-on B-Corp ? » « Bonduelle près du 100 % B-Corp » .
² « CSRD, bientôt la première vague » ; « La CSRD, point d’équilibre ».

Benoît Jullien (Icaal)

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