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Hausse des prix alimentaires en Europe : une échéance inévitable

15/06/2026

Une note de RaboResearch publiée le 10 juin 2026 pose un diagnostic sans ambiguïté : une nouvelle vague d​‌’inflation alimentaire en Europe est en cours de formation. Son ampleur et son calendrier dépendront de l​‌’évolution du contexte géopolitique au Moyen-Orient, mais son caractère inévitable ne fait plus débat chez les analystes de la banque néerlandaise.

Le détroit d​‌’Ormuz, point de départ d​‌’une chaîne de conséquences

Depuis la fermeture du détroit d​‌’Ormuz, environ 20 % des exportations mondiales de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL) sont bloquées dans le Golfe Persique - avec elles, des matières premières critiques comme la naphtha, utilisée dans la production de plastiques, et les engrais. Les négociations américano-iraniennes sont présentées comme avancées, avec un accord décrit à « 95 % ». Pour autant, RaboResearch n​‌’y voit pas une issue rapide : les divergences de fond sur l​‌’uranium hautement enrichi restent entières, et l​‌’Iran n​‌’a aucune incitation économique à rouvrir le détroit tant que celui-ci constitue son principal levier de négociation. Les analystes de la banque n​‌’anticipent pas de résolution avant septembre 2026 au plus tôt - et n​‌’excluent pas une aggravation du conflit avant tout règlement définitif. Même dans le scénario d​‌’une réouverture en septembre, le retour à la normale sera lent. Le déminage des voies maritimes, le redémarrage des puits mis hors production, la réparation des raffineries, des unités de gaz et des infrastructures portuaires endommagées dans six pays du Golfe - avec 20 % à 25 % des capacités de raffinage touchées - s​‌’étaleront selon toute vraisemblance jusqu​‌’en 2027. Les cours du pétrole et du gaz devraient en conséquence rester élevés bien au-delà de la résolution du conflit, jusqu​‌’en 2028 selon les prévisions révisées de RaboResearch.

Des industriels déjà exposés, malgré les mécanismes de couverture

Les industriels de l​‌’alimentation ne sont pas sans défenses immédiates. La majorité d​‌’entre eux couvrent leurs achats d​‌’énergie par des contrats à terme, ce qui les protège temporairement des fluctuations de court terme. Mais cette protection ne fait que décaler l​‌’échéance : à mesure que ces contrats arrivent à renouvellement, les hausses de coûts se matérialiseront inévitablement.

Par ailleurs, certains effets sont déjà perceptibles, sans attendre le renouvellement des contrats. Les prix du diesel ont augmenté d​‌’environ 30 % sur un an, et de nombreux transporteurs répercutent immédiatement ces hausses sur leurs clients via des clauses contractuelles spécifiques. Les emballages plastiques sont également sous pression : la naphtha - matière première centrale des résines plastiques - affiche une hausse d​‌’environ 30 % par rapport à son niveau de février 2026. Les emballages papier, l​‌’aluminium et le verre sont soumis à des pressions similaires, du fait de leur forte intensité énergétique.

En cascade, ce sont l​‌’ensemble des matières premières industrielles (MPI) et, indirectement, les matières premières agricoles (MPA) qui seront affectées - via les coûts de fertilisants, de mouture, de broyage et de logistique agricole. RaboResearch anticipe des prix moyens du pétrole à 84 dollars le baril et du gaz à 50 euros par MWh (TTF) pour l​‌’ensemble de l​‌’année 2027, contre respectivement 63,7 dollars et 30 euros au dernier trimestre 2025.

Un dilemme stratégique pour les négociations commerciales à venir

Face à cette dynamique de coûts, les industriels de l​‌’alimentation se trouvent devant un choix difficile. Première option : engager dès maintenant des hausses tarifaires relativement modestes auprès de leurs clients distributeurs, en sachant qu​‌’elles devront être suivies d​‌’autres augmentations à court terme. Deuxième option : absorber provisoirement les hausses de coûts dans leurs marges et concentrer l​‌’ajustement tarifaire sur les négociations 2027 - au risque de devoir demander des hausses plus importantes en une seule fois.

Aucune des deux options n​‌’est confortable. Les marges opérationnelles moyennes du secteur alimentaire sont structurellement faibles, ce qui limite la capacité d​‌’absorption des industriels. RaboResearch estime qu​‌’une période prolongée de prix de l​‌’énergie supérieurs de 60 % aux niveaux historiques finira nécessairement par se répercuter sur les prix de vente. Les négociations commerciales 2027 s​‌’annoncent donc particulièrement tendues, avec l​‌’énergie comme sujet central.

À titre d​‌’illustration, les premières analyses de RaboResearch sur les marchés britannique et néerlandais suggèrent des hausses des prix alimentaires de l​‌’ordre de 5 % à 9 % en 2027. Si tous les marchés européens seront concernés, l​‌’amplitude variera selon les pays - comme ce fut le cas lors du cycle 2022-2023, où l​‌’Italie et l​‌’Allemagne avaient constitué des cas atypiques - en fonction de leur mix énergétique, de leurs coûts d​‌’approvisionnement et de leurs habitudes de consommation.

Des consommateurs déjà fragilisés

La hausse des prix alimentaires interviendra dans un contexte de confiance des ménages dégradée. Depuis mars 2026, les indicateurs de sentiment des consommateurs européens ont nettement reculé, sous l​‌’effet des inquiétudes croissantes sur l​‌’emploi, l​‌’inflation et la situation financière des foyers.

Les consommateurs subissent déjà de plein fouet la hausse du prix de l​‌’énergie. Le carburant automobile a augmenté de 20 % à 25 % depuis la fin 2025. L​‌’ensemble poste carburant et énergie domestique représente environ 10 % des dépenses moyennes d​‌’un ménage européen : une hausse de 20 % de ce poste contraint mécaniquement les ménages à réduire de l​‌’ordre de 2 % leurs dépenses totales dans d​‌’autres catégories.

Par ailleurs, une part significative des dépenses des ménages - logement, santé, assurances, abonnements - est relativement rigide à court terme. Ce sont donc les dépenses discrétionnaires - habillement, restauration, loisirs - qui absorberont en priorité les arbitrages budgétaires. Mais les achats alimentaires eux-mêmes ne seront pas à l​‌’abri : les consommateurs disposent en effet d​‌’une certaine flexibilité dans leurs choix de produits et d​‌’enseignes, et l​‌’on peut s​‌’attendre à un report vers des produits moins chers et des marques distributeurs.

Pour l​‌’ensemble des acteurs de la filière alimentaire, la période qui s​‌’ouvre sera celle d​‌’un équilibre difficile à trouver entre la nécessité de répercuter des hausses de coûts réelles et le risque d​‌’érosion des volumes face à des consommateurs contraints.

MM

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