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Transition agricole : un levier de compétitivité durable pour l’industrie agroalimentaire

16/06/2026

Alors que la transition agroécologique s’impose comme une nécessité, reste à démontrer qu’elle peut aussi être créatrice de valeur. Réunis le 9 juin pour la troisième édition des « Dirigeants du Vivant » (PADV), plus de 150 acteurs des filières agricoles et agroalimentaires ont confronté leurs expériences pour dépasser les idées reçues. Objectif : objectiver le ROI de la transition et identifier les leviers concrets pour changer d’échelle.

Le 9 juin 2026, l’association Pour une Agriculture du Vivant (PADV) réunissait à l’occasion de la troisième édition des « Dirigeants du Vivant » près de 150 acteurs clés de l’écosystème agricole et agroalimentaire : agriculteurs, coopératives, industriels, distributeurs, financeurs et institutions publiques. Cette matinée, placée sous le thème du retour sur investissement (ROI) de la transition agroécologique, s’inscrit dans une dynamique de structuration et d’accélération d’un mouvement désormais bien engagé mais confronté à un enjeu majeur : le passage à l’échelle.

Une transition déjà amorcée mais encore insuffisamment structurée

En introduction, Anne Trombini, directrice générale de PADV, a rappelé une conviction forte : la transition agroécologique n’est plus une perspective, elle est déjà à l’œuvre. En huit ans, 122 structures se sont engagées dans le mouvement, représentant près de 200 000 tonnes de matières premières sous contrats de progrès agroécologique, sur 253 000 hectares en transition. Ces chiffres traduisent une véritable dynamique, renforcée par des outils structurants comme l’Indice de Régénération, qui permet de mesurer la santé des sols et les progrès des pratiques agricoles ; les coalitions territoriales COVALO, qui alignent les acteurs publics et privés autour d’objectifs communs ; des dispositifs de financement visant à accompagner les agriculteurs dans la transition.

Pour autant, le constat demeure : les solutions existent, mais leur déploiement reste encore fragmenté et insuffisant à grande échelle. La matinée avait précisément pour objectif d’identifier les freins et de démontrer, preuves à l’appui, que la transition peut créer de la valeur.

Déconstruire les mythes de l’agroécologie

Trois grands « mythes » ont structuré les échanges, chacun faisant l’objet de retours d’expérience concrets : « La régénération, c’est la décarbonation » ; « La coopération public-privé est irréaliste » ; « La transition nuit à la compétitivité ».

1. La décarbonation est une conséquence de la régénération, et non son point de départ.

Réduire la transition agroécologique à la décarbonation est une simplification trompeuse. Si la baisse des émissions (notamment via la réduction des intrants azotés) constitue un levier important, l’enjeu central reste celui de la fertilité des sols. L’agriculture régénératrice s’inscrit avant tout dans une logique agronomique (restauration des sols ; amélioration de la biodiversité et de la qualité de l’eau ; adaptation aux changements climatiques). Elle nécessite des investissements importants et une transformation profonde des modèles existants, notamment celui des coopératives, historiquement liés à la vente d’intrants.

2. La transition est autant une question économique que technique.

La question de la structuration des filières a été abordée à travers les Contrats d’Avenir, portés notamment par les Jeunes Agriculteurs. Ces dispositifs reposent sur des engagements réciproques entre agriculteurs, collecteurs et transformateurs, notamment sur les volumes et les prix. Ils visent à sécuriser les trajectoires économiques et à donner de la visibilité aux acteurs. Plusieurs messages forts ont émergé : la transition ne peut pas reposer uniquement sur la montée en gamme ; elle doit s’appuyer sur des filières stratégiques pour la souveraineté alimentaire ; les financements publics doivent accompagner sans créer de dépendance durable.

3. La fertilité des sols, un levier stratégique de souveraineté et de compétitivité.

Les retours d’expérience d’industriels (Bonduelle, Nutrition & Santé…) montrent au contraire que la transition peut générer un ROI tangible, même s’il est souvent qualitatif et de long terme. Les principaux bénéfices identifiés sont la sécurisation des approvisionnements agricoles ; la fidélisation des producteurs ; l’amélioration de la résilience face aux aléas climatiques ; la réduction du risque lié à l’inaction (coûts futurs, dépendance aux importations).

La conclusion de la matinée, portée notamment par Yves Puget (LSA), a permis de replacer ces enjeux dans le contexte plus large des mutations de la consommation. Il a cité plusieurs tendances structurantes comme la contrainte sur le pouvoir d’achat, qui limite la capacité à valoriser la transition ; les comportements ambivalents des consommateurs (attente de produits durables mais à bas prix) ; le poids croissant des seniors dans la consommation ; la fragmentation des circuits de distribution (seulement 54 % de l’alimentation passe par les GMS). Dans ce contexte, il imagine la transition alimentaire comme progressive et non linéaire. Enfin, Yves Puget met l’accent sur une logique de création de valeur, et pas seulement de partage de la valeur. L’innovation et l’investissement apparaissent comme des leviers indispensables.

Pour les industriels, plusieurs messages peuvent être retenus

  • Passer d’une logique climat à une logique “sols & ressources” : intégrer la santé des sols comme indicateur stratégique amont et aller au-delà du carbone pour piloter les politiques agricoles.
  • Sécuriser les approvisionnements par l’investissement amont : partenariats durables avec les agriculteurs, co-financer la transition (pratiques, équipements, accompagnement), et anticiper le coût croissant de l’inaction. Participation à des coalitions territoriales (type COVALO)
  • S’approprier des outils de mesure crédibles : utiliser des référentiels reconnus (Indice de Régénération), objectiver les progrès (RSE, carbone, biodiversité), crédibiliser les engagements auprès des distributeurs et financeurs
  • Repenser la création de valeur : construire des modèles économiques intégrant la qualité agronomique, la résilience des filières, la différenciation produit, sortir d’une logique défensive (coûts) pour aller vers une logique de performance durable.
  • Mieux articuler communication et réalité terrain : informer le consommateur sans sur-promesse, valoriser des preuves concrètes (partenariats agriculteurs, résultats mesurés), intégrer la temporalité longue de la transition.

La matinée PADV a envoyé un signal clair : la compétitivité future des industriels agroalimentaires dépendra de leur capacité à investir collectivement dans l’amont agricole, à structurer des filières régénératrices et à démontrer une création de valeur durable et mesurable.

Sophie Palauqui

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