Bonnes pratiques

Fischer, même bouteille, nouvelles tournées

18/11/2021

La marque alsacienne renoue avec une tradition locale en expérimentant le réemploi de ses contenants. Un projet pilote qui attend la validation des consommateurs pour une prolongation à laquelle ne s’oppose pas de raison technique majeure.

Il existait déjà en Alsace un système de consigne et de réemploi dans les boissons, avec des dispositifs de « logistique retour » et des laveuses intéressant quelques brasseurs et des eaux minérales. Avec les Brasseries Fischer (groupe Heineken), présentes dans la région depuis deux cents ans, la consigne s’y renforce, autour de bières emblématiques de la marque, la Tradition (blonde) et la Doreleï (ambrée) en bouteilles de 65 cl. Ces deux références de Fischer, qui représentent la majorité de ses volumes vendus en grande distribution, ont été retenues dans un projet pilote qui répond à la feuille de route pour l’économie circulaire présentée par le gouvernement en 2020.

Ce projet de réemploi est soutenu financièrement par Citeo et l’Ademe, dans le cadre d’un « appel à manifestation d’intérêt » visant à expérimenter des dispositifs locaux performants de réemploi d’emballages en verre. Pour Sophie Nguyen, responsable réemploi et vrac chez Citeo, le bénéfice environnemental du réemploi peut compenser le poids supplémentaire du verre : « Les ACV montrent que le verre réemployé est plus performant que le verre à usage unique dans le cas de boucles locales », le nombre de rotations effectuées par l’emballage déterminant cette performance. Et si le coût du transport est plus élevé, cela tient moins au poids qu’au fait que  « côté emballages à usage unique les flux sont massifiés et mutualisés à partir des bacs de tri, alors qu’il reste encore difficile de parler de mutualisation, et encore moins de massification côté réemploi ».

Les brasseries Fischer, au nombre des trente-quatre lauréats, se distinguaient déjà par divers engagements locaux : approvisionnement en houblon 100 % alsacien [1], ingrédients issus de l’agriculture raisonnée, référence bio, initiatives auprès de l’écosystème alsacien et des acteurs locaux, etc. « Nous souhaitons contribuer au développement du réemploi en Alsace, à notre échelle et dans une logique d’économie circulaire », indique Laëtitia Pestourie, chargée de la responsabilité sociétale des marques chez Heineken, à propos de ce projet pilote de réemploi : « Ce soutien a été utilisé pour améliorer la traçabilité des bouteilles consignées et réemployables, réaliser des études sur la perception des consommateurs et mener des campagnes de communication afin de les sensibiliser au fonctionnement du réemploi. »

L’acceptation d’un surcoût

Sur le plan technique, le projet n’a pas nécessité d’investissements particuliers dans la brasserie de l’Espérance à Schiltigheim, car le traitement des bouteilles consignées y était déjà en place. Cependant, l’apparence des deux formats de bouteilles a été retravaillée, afin de prévenir toute confusion : d’un côté les bouteilles en verre non consignées, à trier pour recyclage, de l’autre les bouteilles en verre consignées et réemployables. Celles-ci sont un peu plus lourdes, leur paroi est plus épaisse, afin qu’elles puissent assurer de multiples rotations. L’analyse du cycle de vie des bouteilles Fischer menée par ÉcoAct en 2020 indique qu’à partir de quatre rotations l’impact carbone à l’hectolitre d’une bouteille Fischer consignée et réemployable est réduit de 60 % par rapport à celui d’une bouteille en verre non consignée à recycler. Que doit l’écart d’empreinte carbone entre usage unique et réemploi aux caractéristiques de la région concernée (densité de la population, implantation des magasins, conditions de transport…) ? Pour être performantes, explique Sophie Nguyen, les opérations de réemploi (transport et lavage) nécessitent des boucles locales qui évitent que les emballages vides, la plupart en verre donc lourds, ne parcourent trop de distance. Plus la région est dense, plus les coûts logistiques peuvent être amortis. L’Alsace répond à ce profil. Pour autant, estime la même experte, des solutions de réemploi pourraient se développer sur l’ensemble du territoire, et des solutions existent qui offriraient de bonnes perspectives au développement du réemploi pour des produits conditionnés dans de grands sites centralisés : « Si nous parvenons à mutualiser les emballages réemployables entre plusieurs acteurs, nous pouvons imaginer qu’à terme es emballages resteront dans des régions définies, et des “hubs” régionaux du réemploi. »

Si une bouteille consignée coûte, selon les enseignes, entre 40 et 75 centimes de plus qu’une bouteille recyclable à usage unique, le consommateur récupère le montant de la consigne (fixée par le distributeur) lorsqu’il rapporte la bouteille en magasin. Il n’est cependant pas nécessaire qu’il la rapporte dans le magasin où il l’a achetée. « Le circuit de retraitement lié à ces bouteilles consignées et réemployables, souligne Laetitia Pestourie, implique un coût supplémentaire pour le consommateur, en choisissant ce format il opte pour une démarche écologique et éthique. » Ce projet de réemploi est en cours de déploiement dans cent cinquante magasins représentant la plupart des enseignes de la grande distribution en Alsace, dans lesquels sont installées quelque cent quatre-vingts machines de collectes de bouteilles multimarques. Tout en conduisant des études auprès des consommateurs, afin de bien comprendre leurs attentes et les éventuels freins à ce type d’initiative, Fisher s’est donné pour objectif d’augmenter progressivement la part de ses volumes vendus dans la région en format consigné et réemployable.

1. 96 % de la production houblonnière française vient d’Alsace.

F. E., J. W.-A.

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