Bonnes pratiques

Kronenbourg, opérations cafés

06/12/2023

Lieux de convivialité, et piliers du lien social : les cafés peuvent être essentiels contre l’isolement des personnes en situation précaire, comme ils le sont à la vie des communes rurales. Illustration avec 1 000 Cafés et Wanted Café, parrainés par la Fondation Kronenbourg. Entretien avec Agnès d’Anthonay, directrice Corporate Affairs, Brasseries Kronenbourg.

Quelle est la finalité de la Fondation Kronenbourg que vous présidez ?

Agnès d’Anthonay : La Fondation Kronenbourg a été créée en 1996 avec pour première mission de dynamiser les zones rurales et urbaines, en particulier à travers l’insertion sociale et professionnelle. Au fil du temps, ses missions ont évolué pour couvrir des domaines plus divers, comme la culture, ou plus récemment le soutien à l’agroécologie du houblon. En 2022, nous avons recentré la mission de la Fondation sur un objet unique : le développement de lieux de convivialité destinés à recréer du lien social sous toutes ses formes. Une réponse à la problématique de l’isolement dont on parle de plus en plus.

Vous venez de réaliser une étude sur l’initiative “Wanted Café”. Quels en sont les enseignements ?

Wanted Café, oublier l’aide

Après un test non abouti mais instructif à Bordeaux, un premier Wanted Café a ouvert ses portes à Paris (Xe) l’été 2022. Le principe, inventé à Naples durant la Seconde Guerre mondiale : repas et café « suspendus » permettant aux clients avec pouvoir d’achat d’abonder librement l’addition de personnes en précarité. Celles-ci, clients « suspendus », ont accès à des repas chauds de qualité qu’elles commandent et consomment comme dans n’importe quel restaurant, leur faisant oublier un moment l’aide alimentaire classique.

A. d’A. : Créé il y a un an, Wanted Café accueille des clients sans pouvoir d’achat qui bénéficient de repas et cafés « suspendus », financés par des clients avec pouvoir d’achat, ces derniers se voyant donner la possibilité de verser en plus de leur addition 5 euros pour un repas ou un euro pour un café.

Cette étude visait à mesurer l’impact du dispositif sur les deux types de clients ainsi que sur le personnel du café. Et à identifier les améliorations à proposer pour à la fois créer plus de lien social et s’appuyer sur le dispositif pour initier un parcours de réinsertion. Une deuxième étude, en cours d’analyse, vise à définir les conditions de réussite de ce concept et de sa réplicabilité.

Quel sont le rôle et l’ambition de la Fondation Kronenbourg dans cette initiative ?

A. d’A. : La Fondation Kronenbourg accompagne le projet depuis son lancement et a pour ambition de lui permettre d’essaimer dans d’autres lieux. Le fait de fréquenter un tel restaurant est un prétexte pour créer du lien social et aider des gens en situation précaire à se réinsérer. Au-delà du bénéfice direct, celui de donner à ces personnes la possibilité de déjeuner comme tout le monde dans un restaurant, choisir leur repas et être considérées comme n’importe quel client, c’est un lieu qui donne accès à un réseau de convivialité : du lien se crée qui permet à ces personnes de sortir de leur isolement, cause et conséquence de la pauvreté.

Le réseau est déterminant pour sortir de la pauvreté, qui crée de l’exclusion donc de l’isolement. Il faut créer des cercles vertueux grâce à des lieux de convivialité, de rencontre et d’échange, pour permettre aux personnes en situation précaire de rester connectées à la société.

Comment l’initiative « 1 000 Cafés » du Groupe SOS contribue-t-elle à la promotion du lien social en milieu rural ?

A. d’A. : Le concept 1 000 Cafés, lieux multi-services, est né au moment du Covid. Le confinement a malheureusement ralenti son expansion, mais il compte tout de même aujourd’hui 150 cafés. La Fondation Kronenbourg l’a soutenu dès sa création. Une étude d’impact est en cours. Nous travaillons avec l’équipe de 1000 Cafés pour voir dans quelle mesure le concept du repas ou café « suspendu » pourrait aussi être proposé aux habitants des villages dans lesquels ouvre un café mais qui, pour des raisons de pouvoir d’achat, ne peuvent pas le fréquenter. Au-delà de l’aide financière, notre Fondation, de par son réseau, peut participer à la création des bonnes connexions et créer une dynamique.

1 000 Cafés : renaissance au village

Le village de Sommecaise (Yonne, 360 habitants) a ainsi retrouvé un café après quinze années de désert convivial. La mairie a acquis un bâtiment, l’a transformé en commerce et a contacté 1 000 Cafés, qui a repris les murs et recrutée Karine Gaigé comme gérante. Après une année de loyer offert, le bar-épicerie-tabac multi-service Re-Naissance est bien installé : quinze à vingt couverts le midi, des clients de tous âges pouvant venir d’une trentaine de kilomètres, vingt-cinq clients quotidiens pour la supérette. Et déjà un salarié supplémentaire. La clé du succès ? « Tout le monde parle à tout le monde, explique Karine Gaigé, et profite de la diversité des services. »

Les salariés de Kronenbourg sont-ils largement associés aux actions de la Fondation ?

A. d’A. : Ce volet n’est pas encore développé mais fait partie de nos intentions : associer nos salariés à des projets soutenus par la Fondation en favorisant le don de temps et de compétences. Par exemple pour apporter de l’aide aux 1 000 Cafés.

Par ailleurs, nous organisons chaque année une campagne de Noël ouverte à tous les salariés, qui sont invités à proposer un projet associatif, soit parce qu’ils sont directement mobilisés en faveur de ce projet, soit parce qu’une cause leur tient à cœur. Ces projets sont ensuite proposés au vote de tous les salariés de l’entreprise, pour en sélectionner deux. Nous engageons alors une campagne de collecte de dons auprès d’eux, et la Fondation Kronenbourg double les sommes collectées. Cette opération existe depuis longtemps dans l’entreprise. Nous avons aussi l’opération « Coup de pouce », qui alloue des aides financières à des projets que les salariés parrainent au sein d’associations dont ils sont adhérents.

Votre fondation est-elle sollicitée par les associations d’aide aux aux personnes en situation de précarité ?

A. d’A. : Nous sommes peu sollicités, du fait de l’objet de la Fondation, qui vise un sujet précis qu’elle pilote entièrement. Mais nous l’avons été il y a un an par Café Joyeux, une chaîne de cafés-restaurant qui développe des actions de solidarité et d’inclusion en faveur des handicapés : pour la création d’un Café Joyeux à Strasbourg, qui ouvrira ses portes à la fin de l’année. Par ailleurs, nous soutenons l’association Cafés et bistrots de France, présidée par Alain Fontaine¹, qui œuvre à la reconnaissance du rôle des cafés dans la société française. Son souhait est que les bistrots et cafés français soient reconnus au patrimoine immatériel de l’Unesco.

Comment s’articulent la politique RSE de Brasseries Kronenbourg et les actions de la Fondation ?

A. d’A. : Nous avons trois piliers dans notre plateforme RSE : environnement, social (tournée vers les salariés de l’entreprise), sociétal. Ce dernier pilier repose sur deux axes : le premier est porté par la Fondation, le second concerne la consommation excessive d’alcool, sujet piloté par l’association Prévention et Modération², que je préside au titre de Brasseurs de France.

Vos initiatives font-elles école auprès d’autres entreprises brassicoles ?

A. d’A. : Si d’autres brasseurs souhaitent s’engager, nous mettrons à leur disposition notre expertise, mais aujourd’hui ce n’est pas à l’ordre du jour.

1. Également président de l’Association française des maîtres restaurateurs.
2. Créée par les fédérations des spiritueux, des brasseurs et des vins et apéritifs.

Propos recueillis par Jean Watin-Augouard

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