Entretiens

L'emballage, cet oublié

10/07/2026

A l’heure où, sur fond de crise climatique, d’océan pollué par le plastique, de décarbonation, de recyclabilité, d’harmonisation européenne avec la PPWR, l’emballage subit le feu des critiques dont le « plastic bashing », il serait paradoxalement l’un des grands oubliés de l’économie française. Le CNE entend proposer pour la première fois un outil de référence sur l’emballage en France qu’on ne peut plus réduire à sa seule fin de vie.

L’étude Emballage en France – Proximité, Vitalité, Souveraineté [1], a pour ambition de décrire la réalité de ce secteur stratégique en réhabilitant son poids économique et social sur l’ensemble de sa chaîne de valeur. « L’emballage est souvent perçu dans le débat public par le prisme de sa seule fin de vie. Il demeure l’un des grands oubliés de l’économie française », rappelle Michel Fontaine, Président du CNE [2]. Et pourtant, ses nombreuses actions dans le circuit économique témoignent de son rôle indispensable : il protège les produits, les transporte, les conserve, les rend accessibles et permet leur mise sur le marché dans des conditions de sécurité, de qualité et de performance adaptées en informant les consommateurs. Quelques chiffres attestent de sa place importante dans ce même circuit : 42 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 175 000 emplois directs, 7 500 sites industriels ou organisations répartis sur l’ensemble du territoire. On peut le comparer à des filières telles que l’aéronautique civile ou l’industrie cosmétique. Si chaque année 13 millions de tonnes d’emballages sont mises en circulation en France, le rapport précise que près de 70 % sont recyclées, avec 80 % du recyclage réalisé sur le territoire national. Rappelons qu’il y a 35 ans, l’emballage montrait la voie à suivre en matière de Responsabilité Elargie du Producteur, avec la mise en œuvre de la première REP fondée sur le principe du pollueur-payeur en France. « Ce travail, précise Antoine Salles, Délégué Général du CNE, constitue une première pierre pour faire reconnaître l’emballage comme une filière industrielle stratégique, essentielle à notre économie, à nos territoires et à notre souveraineté. L’enjeu n’est pas seulement de mieux comprendre le secteur, mais de lui redonner toute la place qu’il mérite dans notre récit industriel collectif et dans les politiques publiques. » La preuve par ces trois pierres structurantes pour éclairer le débat public, valoriser les savoir-faire de la filière et promouvoir le concept de « Juste Emballage », à savoir un équilibre entre un emballage conçu au bénéfice du produit, sa performance, du service rendu à ses utilisateurs et la maîtrise de l’empreinte environnementale.

Proximité

Par son maillage territorial, à proximité des bassins industriels, agricoles et logistiques qu’il sert, l’emballage est une activité multiforme ancrée dans ses territoires, qui s’illustre aussi bien dans des usines, des transformateurs, des centres techniques ou universitaires, des plateformes logistiques, des centres de tri, de recycleurs, de laveurs et de structures d’expertise. L’emballage travaille au plus près des bassins agricoles, agroalimentaires, pharmaceutiques, cosmétiques, industriels ou logistiques qu’il sert. La proximité est également humaine par le tissu de compétences et d’expertises, source d’une mixité sociale indispensable à la vie des territoires. Le rapport souligne néanmoins que « comme le reste de l’Industrie, le secteur peine à recruter les talents dont il a besoin pour se transformer. Il souffre d’un déficit d’image et d’attractivité, notamment auprès des jeunes ». « Si d’autres industries souffrent d’avoir été délocalisées – ayant ainsi perdu une partie de leur savoir-faire – ce n’est pas encore le cas de l’emballage », précise Michel Fontaine.

Vitalité

Vitalité de l’emballage par la diversité de métiers, compétences et de technologies, de la R&D au recyclage qu’il agrège [3]. Pour autant, Michel Fontaine tire la sonnette d’alarme et « la difficulté croissante rencontrée par les écoles de packaging pour attirer des jeunes. Alors que les industries de l’emballage ont plus que jamais besoin d’attirer de nouveaux talents pour les accompagner dans leurs transformations, comment faire en sorte que nos jeunes soient motivés pour nous rejoindre ?  » Diversité également des matériaux (plastique, verre, papier, carton, acier, aluminium, bois…) qu’il utilise[4], diversité dans la chaine de création de valeur, de la fabrication, au conditionnement, à la logistique, au réemploi et aux laboratoires [5]. Enfin, il témoigne et accompagne les grandes mutations sociétales et les évolutions des modes de consommation, aussi bien dans les circuits commerciaux, du e-commerce à la vente en vrac, des circuits courts à la consommation nomade que dans les secteurs de la santé au luxe, l’agro-alimentaire… Cette vitalité s’illustre par des réponses à des exigences croissantes et souvent contradictoires « comme celle de protéger davantage tout en consommant moins de ressources, celle de garantir la sécurité sanitaire tout en améliorant la circularité ».

Souveraineté

La souveraineté est d’abord économique. Loin d’être une activité périphérique, la chaîne de valeur de l’emballage conditionne, par sa « robustesse », directement celle de secteurs essentiels de l’économie française tels que l’agroalimentaire, la santé, les cosmétiques, les vins et spiritueux, le luxe, la distribution, la restauration ou le e-commerce. Souveraineté également industrielle car l’emballage offre une infrastructure industrielle indispensable au fonctionnement de l’économie réelle. « Son rôle essentiel rejaillit sur la souveraineté industrielle de notre pays », rappelle Michel Fontaine. Aussi bien l’ambition de ce rapport est de rappeler l’urgence de « conserver en France une industrie créatrice de valeur et fondatrice de notre indépendance. Sa reconnaissance comme filière industrielle à part entière apparaît aujourd’hui comme une nécessité pour redonner à cette industrie toute la place qu’elle mérite dans notre récit collectif et nos politiques publiques. »

Le cas du plastique

Pour conjurer le « plastic bashing », le rapport propose quatre axes. « Un alignement rapide et clair du cadre réglementaire national avec le droit européen. Une vigilance accrue sur les conditions de concurrence internationale et la traçabilité des matières. Une réhabilitation du rôle fonctionnel de l’emballage dans les politiques publiques. Un soutien à l’innovation permettant de consolider une économie circulaire opérationnelle. » L’enjeu est de sortir d’une logique de compétition tirée par les prix pour aller vers une compétition par la valeur, en réaffirmant le rôle du « juste emballage ».

L’emballage, une filière à part entière

Afin de reconnaitre l’emballage comme filière industrielle à part entière, le rapport préconise d’agir dans six directions : mieux sécuriser les investissements industriels dans la durée ; assurer des conditions de concurrence équitables au niveau européen et international ; soutenir l’innovation technologique et les transitions vers des modèles plus circulaires ; renforcer nos métiers et la formation de nouvelles compétences ; préserver nos emplois et nos expertises, facteurs de cohésion sociale au sein de nos territoires ; mieux intégrer le rôle fonctionnel de l’emballage dans les politiques publiques environnementales et industrielles.

[1] Disponible sur le site Emballage en France : Proximité - Vitalité - Souveraineté – Conseil national de l’emballage.
[2] Auteur de L’emballage, ce bel inconnu, éditeur : Books on demand, 2016.
[3] L’INDP (Institut National du Design Packaging) estime qu’en France environ 5 000 professionnels travaillent directement sur les questions de packaging au sein des entreprises industrielles et des marques, que ce soit en R&D ou en conception / développement des emballages. Les agences de design spécialisées dans le packaging sont au nombre de 500 et regroupent 2 500 salariés. Les activités d’expertises mobilisent plus de 1 000 emplois directs liés aux enjeux de l’emballage, répartis dans quelques 200 structures.
[4] L’emballage représente le premier secteur utilisateur de matières plastiques avec 42% des volumes de la production de la plasturgie française (environ 500 entreprises) et 45% des plastiques consommés dans notre pays. Le chiffre d’affaires annuel du secteur du plastique d’emballage en France approche 11 milliards d’euros. Ce secteur génère 30 000 emplois directs sur notre territoire.
[5] L’emballage représente environ 70% des débouchés de l’industrie papetière et verrière française, le premier débouché de la plasturgie en France (avec 42% des tonnages produits.

Jean Watin-Augouard

Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure expérience sur notre site. Si vous continuez à l'utiliser, nous considérerons que vous acceptez l'utilisation des cookies.