Vie des marques

Lactel, cohérence de filière

09/05/2022

Valorisation du prix amont, bio pionnier et cahiers des charges pilotes, R&D mobilisée sur de nouveaux contenants… : la marque du groupe Lactalis investit en continu pour soutenir et adapter la filière laitière. Entretien avec Anne Charles-Pinault, directrice générale de Lactel.

Que représente la marque Lactel en termes de laiteries, d’éleveurs et de salariés ?

Anne Charles-Pinault : Lactel représente six laiteries en France, au cœur des zones rurales du Nord au Sud en passant par l’Aveyron, mille salariés, trois mille cinq cents éleveurs partenaires, six cent cinquante éleveurs bio et quarante et un éleveurs « Appel des prés ».

Quels sont les fondements de votre politique avec vos éleveurs, dans la filière conventionnelle ?

A. C.-P : La relation entre Lactel et les producteurs repose sur la proximité et la volonté commune de valoriser au mieux le lait. Partout en France, chaque jour, les techniciens laitiers du groupe sont mobilisés pour aider les éleveurs à améliorer leurs performances laitières. Ils apportent un éclairage technique sur les différents aspects de leur production : qualité, volumes, conduite du troupeau… Ces conseils s’appuient sur la proximité avec les éleveurs. La dynamique de valorisation du lait implique d’être tournés vers l’avenir et d’anticiper les réponses aux nouvelles attentes des consommateurs, comme sur le bien-être animal et l’environnement.

Et dans la « bio engagé » et ses six cent cinquante fermes ? 

A. C.-P : Lactel, engagé dans le bio depuis 1993, est pionnière. Nous avons accueilli six producteurs au démarrage pour en compter plus de six cent cinquante aujourd’hui. En 2019, nous avons lancé la démarche Lactel Bio & Engagé, une démarche de qualité qui va au-delà du label AB pour créer de la valeur dans cette filière, avec des exigences pour produire un lait bio de très bonne qualité. Ainsi, le producteur de lait biologique assure un libre accès aux animaux dès que les conditions climatiques le permettent. Nous garantissons une durée de pâturage minimale de 180 jours chez tous les éleveurs engagés. Pour le bien-être animal, nous accompagnons les éleveurs dans la prévention, au moyen de méthodes complémentaires. Nous déployons 274 formations auprès des six cent cinquante éleveurs, réalisées par des vétérinaires. Enfin, nous assurons une meilleure rémunération des éleveurs.

Aide financière à la plantation de haies

En quoi se distinguent les vingt fermes « Appel des prés » que vous venez de lancer ?

A. C.-P : La filière repose sur un collectif de vingt fermes composé de quarante et un éleveurs auprès desquels Lactel s’est engagé il y a cinq ans. C’est en 2017 que nous avons créé avec eux cette filière de proximité, à Vitré (Ille-et-Vilaine), avec pour objectif de valoriser l’origine contrôlée, le pâturage, l’alimentation sans OGM, le bien-être animal, ou encore le respect de l’environnement. C’est bien un lait « conventionnel ». Les éleveurs de la filière respectent un cahier de charges exigeant : alimentation des vaches sans OGM, surface de pâturage de dix ares pour chaque animal, deux cents jours minimum de pâturage, mais aussi un plancher de rémunération garanti pour l’éleveur.

Depuis octobre 2018, la loi Égalim impose un encadrement strict sur les produits issus d’une filière agricole, en fixant des seuils raisonnables garantissant la valorisation du prix de la production. Nous intégrons les coûts de production dans la relation avec les producteurs de lait, dans le calcul du prix du lait payé.

Quelles sont vos actions en matière de biodiversité, respectivement de la flore et de la faune ? Favorisez-vous la replantation de haies ?

A. C.-P : Pour développer la biodiversité, nous encourageons financièrement la plantation de haies en bordure des prés chez nos éleveurs partenaires. Elles sont un refuge et une source de nourriture pour de nombreuses espèces. Nous avons déjà contribué à la plantation de trente mille arbres.

Pionnier du rPEHD pour les bouteilles

Quels sont vos actions en matière d’emballages et de recyclabilité du plastique ?

A. C.-P : Créée en 1990, la bouteille de lait UHT Lactel, 100 % recyclable, a une fabrication vertueuse. Conçue et fabriquée directement dans les laiteries pour éviter du transport inutile, elle n’a cessé de s’améliorer : intégration de 30 % de plastique issu de chutes récupérées ou recyclées, et réduction de son poids de 9 %. Lactel travaille à des solutions pour des bouteilles plus respectueuses de l’environnement. La marque a été la première de sa catégorie, en association avec Ineos, à mettre sur le marché une bouteille intégrant du polyéthylène haute densité recyclé (rPEHD) en 2021.

Nous avons produit plus de 140 000 bouteilles de lait UHT intégrant cette technologie en mass balance, c’est-à-dire avec un équilibrage des masses garantissant que la quantité qui entre sous forme de matière première (chez le fabricant) est identique à celle qui sort sous forme de briques ou de bouteilles (pour le consommateur) [1]. Avec cette approche, on introduit des ressources issues du recyclage en complément de ressources fossiles dans le processus de fabrication des matières plastiques, la part de matière recyclée (ou renouvelable) associée à la matière vierge étant attribuée arithmétiquement à certains produits. Cette attribution par le calcul d’équilibre des masses est certifiée par un organisme indépendant. Une telle approche permet de soutenir une filière de recyclage en développement. En 2022, nous accélérons sur le rPEHD mass balance. Nous nous sommes fixé l’objectif de produire deux millions de bouteilles.

Par ailleurs, Lactel a été la première marque, en 2016, à utiliser un film de regroupement pour ses paquets de six, composé à 20 % de plastique recyclé ; et depuis janvier 2022 l’ensemble de nos films de regroupement contiennent 50 % de matière recyclée.

Comment appréhendez-vous l’objectif gouvernemental « zéro plastique à usage unique en 2040 » ?

A. C.-P : Nous ne disposons pas de solution technique pour remplacer le plastique par d’autres matériaux protégeant aussi bien notre produit et répondant à l’exigence réglementaire d’aptitude au contact alimentaire. Toutefois, Lactel travaille sur d’autres solutions (issus de polymères végétaux ou du recyclage moléculaire à partir du plastique recyclé) pour répondre à la loi Agec, qui ne donne pas encore de cadre pour le remplacement de ces matériaux en 2040. Les questions qui se posent sont, à la fois d’ordre technique, pour identifier des solutions qui n’existent pas encore (le temps de développement des emballages est un temps long), et d’ordre économique, car cela représente des investissements importants pour les entreprises sur une échelle de temps courte. On peut souhaiter que ces efforts soient pris en compte dans la vision 2040.

Objectif carbone 2025

Quelles sont vos ambitions en termes de bilan carbone ?

A. C.-P : L’ambition de Lactel est de travailler à la réduction de ses émissions pour réduire d’au moins 25 % les émissions induites par les activités industrielles et logistiques du groupe d’ici à la fin de 2025.Dans ce cadre, Lactel contribue à nourrir l’ambition du groupe en optimisant ses flux logistiques, en travaillant sur la circularité de ses emballages, en répondant aux exigences de la norme 14 001 pour réduire les consommations d’énergie sur les sites industriels.

Comment impliquez-vous les consommateurs pour mieux trier les emballages ?

A. C.-P : Lactel mène depuis plusieurs années des actions de sensibilisation à ce geste auprès du grand public. Parmi elles, son opération Recyc’lait, menée en 2019 et 2021, rencontre à chaque édition un franc succès. Au-delà d’intégrer sur ses étiquettes et films de regroupement les consignes de tri, en partenariat avec Citeo, Lactel a lancé en avril dernier une sensibilisation par l’apposition d’un pictogramme, dans la prochaine publicité de sa gamme « Bio et Engagé », diffusée en télévision et en digital.

Valorisation choisie et inflation subie

Quels sont les effets de la crise énergétique et de l’augmentation des prix des matières premières sur votre chaîne de valeur ?

A. C.-P : L’inflation liée à la hausse du prix des matières première des emballages et des énergies affecte de façon significative nos coûts de production, ce qui explique les enjeux des négociations qui se sont rouvertes, pour préserver toute la filière.

Quel bilan tirez-vous de l’application des lois Égalim ?

A. C.-P : En ce qui concerne Égalim 1, dans la filière laitière nous constatons une valorisation réelle du prix du lait payé aux producteurs. En 2021, pour Lactalis le prix payé tous laits de vache confondus a été en moyenne de 385 € les 1000 litres, après 369 € en 2020, prime froid comprise : soit une augmentation de 16 € (382 € au lieu de 366 € hors prime froid). Cette hausse sensible traduit la volonté de poursuivre la dynamique de valorisation du lait en permettant aussi de couvrir l’évolution des coûts de production des exploitations laitières. Par ailleurs, avec cette loi le SRP a été relevé de 10 % .

Une autre ambition d’Égalim, développer les produits bio, durables, reste, elle, plus difficile à honorer.

Égalim 2, entrée en vigueur cette année, confirme la volonté de revaloriser la filière. Elle a été très complexe à mettre en place. Si elle a pu permettre une prise en compte partielle des autres coûts, à ce stade nous avons peu de recul pour en tirer des conclusions.

Parvenez-vous à répercuter une partie de vos coûts RSE dans les négociations ?

A. C.-P : Aujourd’hui, notre objectif est de réussir à répercuter la hausse des coûts matière et emballage pour un ruissèlement vertueux qui développe la filière. Les dépenses réalisées au titre de la RSE sont des réorientations d’investissements sur du long terme et qui n’ont pas de poids majeurs sur les négociations du moment. Toutefois les enjeux à venir iront aux delà de la notion de « réorientations d’investissements », et là il sera nécessaire de les intégrer dans les tarifs de nos produits.

Recrutements sans CV

Avez-vous des perspectives et des difficultés d’embauche ? Dans quels métiers ?

A. C.-P : Le Groupe Lactalis recrute 1 500 personnes par an. Lactel se situe dans cette dynamique et nous constatons que le marché de l’emploi se tend sur tous les postes, de l’ouvrier au cadre, et c’est d’autant plus vrai dans l’ouest de la France.

Lactel est-elle une marque tournée vers la formation ?

A. C.-P : La formation est au cœur de la politique RH de Lactel et du Groupe Lactalis. Dans ce contexte, chaque salarié bénéficie en moyenne de deux modules de formation par an. Pour transmettre et transférer nos savoirs et savoir-faire, nous développons la formation interne, qui représente 40 % de notre investissement formation. Pour cela, nous nous appuyons sur nos experts métiers, que nous accompagnons pour la pédagogie de formation.

Quelle place accordez-vous aux jeunes sans ou avec peu de formation ?

A. C.-P : Nous renforçons nos partenariats avec les institutionnels de l’emploi (Pôle Emploi, Missions locales…) dans le cadre de nos recrutements. À ce titre, nous utilisons fréquemment les méthodes de recrutement sans CV, donc sans connaissance du niveau de formation des candidats.

[1] Cf. https://librairie.ademe.fr/dechets-economie-circulaire/4848-approche-mass-balance-et-recyclage-chimique-des-plastiques.html (NDLR).

Propos recueillis par Jean Watin-Augouard

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