Vie des marques

Aoste, orientation territoires responsables

02/04/2024

Tout en s’appuyant sur une forte tradition charcutière, le numéro un des salaisons françaises place le développement durable au cœur de ses investissements. Entretien avec Philippe Duriez, CEO d’Aoste France et Suisse.

Comment décririez-vous votre implantation industrielle en France ?

Philippe Duriez : Depuis quarante ans, notre entreprise propose des produits gourmands commercialisés sous les marques Aoste, Cochonou, Justin Bridou et César Moroni, qui s’appuient sur une tradition charcutière, un savoir-faire éprouvé, une exigence de qualité ainsi qu’un engagement sociétal.

En tant que numéro un national de la fabrication de produits de salaisons, notre groupe[1] est spécifiquement expert des catégories saucissons secs et jambons crus. Employant 1 300 personnes sur cinq sites, quatre usines à Saint-Symphorien-sur-Coise dans le Rhône, Maclas dans la Loire, Aoste en Isère et Lescure-d’Albigeois dans le Tarn, et un siège en région lyonnaise, nous réunissons une large diversité de métiers, de la fabrication à la commercialisation de produits de charcuterie et d’apéritif frais, et, à partir du mois d’avril, de produits végétaux sous la marque Better Balance.

Sur quoi repose votre politique d’investissements pour les années à venir ?

Ph. D. : Le groupe Aoste axe sa stratégie dans les catégories actuelles autour des six objectifs de son programme de développement durable, baptisé « A.G.I.R » : « Acteur gourmand, innovant et responsable ». Ce programme répond à une ambition de transformer l’entreprise en profondeur et ses objectifs sont les suivants : zéro carbone en 2040, zéro rejet en 2030,  zéro ingrédient superflu en 2030, 100 % d’emballages recyclés en 2030, 100 % de territoires responsables, 100 % de bien-être animal en 2040.

Le deuxième axe de notre politique d’investissement vise au développement de nouvelles catégories, qui s’inscrivent aussi dans notre programme de développement durable, et répondent aux évolutions des comportement et des envies des consommateurs.

Déploiement opérationnel d’investissements “France 2030”

Quels efforts ces objectifs vont-ils nécessiter ?

Ph. D. : Concernant les emballages de nos produits, en parallèle des travaux continus pour réduire l’épaisseur des films, nous avons un plan massif d’investissement et de recherche-développement pour intégrer encore plus de matières recyclées. Nous allons déployer dès cette année à Saint-Symphorien-sur-Coise deux nouvelles machines de conditionnement, acquises dans le cadre du plan France 2030. Grâce à elles, nos Bâtons de Berger signés Justin Bridou vont adopter un film recyclable, après un important travail de R&D. De même, nos équipes poursuivent leurs efforts pour que notre marque Cochonou puisse se passer de tout conservateur d’ici à 2030, comme cela est déjà le cas avec le jambon Aoste, depuis 2019.

La décarbonation est-elle un de vos grands chantiers ?

Ph. D. : Bien sûr, et nous travaillons sur la décarbonation de l’intégralité de notre chaîne de valeur, pour contribuer à la neutralité carbone en 2040. Pour nos « scopes » un et deux , l’usine d’Aoste a diminué de 40 % les émissions de gaz à effet de serre de son poste énergétique, en menant une refonte globale de son système frigorique. S’agissant de nos émissions « amont », nous menons un projet pilote de filière avec des éleveurs, autour de pratiques agro-environnementales, et nous prévoyons que la totalité des saucissons Cochonou proviendront de cette filière engagée. Je peux aussi mentionner l’ambition d’atteindre notre objectif de zéro rejet autour de notre production industrielle d’ici trois à cinq ans, soit avant l’échéance initialement fixée à 2030.

Vous avez également cité le bien-être animal ainsi que les territoires…

Ph. D. : En effet. Pour le bien-être animal, il s’agit de développer notre filière en augmentant le nombre d’éleveurs qui y participent, et par conséquent le nombre des produits qui en sont issus. Tout cela dans un dialogue permanent avec les acteurs du monde agricole, et en participant à des essais visant à améliorer les conditions d’élevage.

Notre ambition résumée par le terme de « Territoires responsables » concerne à la fois la qualité de vie au travail de nos salariés et l’implication locale de nos sites. Elle passe d’abord par la montée en puissance d’un programme de sécurité au travail consistant en le déploiement de douze bonnes pratiques qui s’inscrivent dans une démarche « zéro accident ». À titre d’exemple, nous organisons la présence d’ostéopathes dans les usines d’Aoste et Saint-Symphorien-sur-Coise depuis le début de l’année.

Répartition erratique de la richesse le long de la chaîne de valeur

Quels sont les principaux atouts de la France dans votre industrie ?

Ph. D. : Le plus important pour nous est qu’en France nous avons accès à bon nombre de matières premières agricoles de qualité ainsi qu’à un savoir-faire traditionnel et expert dans la production des produits de charcuterie. Et la culture alimentaire est forte toute au long de la chaine de valeur.

Le marché français présente-t-il aussi de difficultés spécifiques ?

Ph. D. : C’est inévitable et j’en vois cinq majeurs, que nous ressentons dans notre fonctionnement opérationnel. Le marché français se caractérise par une forte concurrence qui engendre des contraintes élevées à tous les niveaux. Ensuite, il connaît un très fort pouvoir d’une grande distribution très concentrée. En outre, son dynamisme est ralenti par la faible croissance démographique de la population, ce qui ne contribue pas à soutenir une croissance économique déjà en berne. Enfin, nous connaissons en France dans nos catégories un poids important des marques de distributeur. Conséquence : les acteurs subissent une répartition erratique de la richesse le long de la chaîne de création de valeur, dans une catégorie historiquement profitable pour les distributeurs, comme cela est documenté par l’Observatoire des prix et des marges.

De quoi auriez-vous besoin pour consolider votre outil français ?

Ph. D. : Avant tout que l’ensemble du système économique puisse passer d’un contexte de défiance et de contrôles en tous genres à un climat de confiance et de construction pérenne, autant avec les distributeurs qu’avec les administrations.

Au sein de votre groupe, comment se déroulent les arbitrages entre les pays ?

Ph. D. : Dans le groupe dont nous faisons partie, les choix résultent de trois critères : leur potentiel de développement, le retour sur investissement qu’ils garantissent et ce qu’ils peuvent attendre de l’écosystème en matière de réactivité et d’efficacité. L’impact environnemental entre bien sûr aussi en ligne de compte. Sur ce point, l’inertie ou le soutien des administrations peuvent être déterminants. Enfin, les choix doivent permettre de capitaliser sur nos marques fortes.

L’image France est-elle un avantage pour vos produits ?

Ph. D. : L’image de la France est un atout dans certains pays importateurs de nos produits finis, tels que l’Allemagne, la Chine ou la Suisse. La France est un pays de gastronomie, c’est un atout majeur pour l’exportation. Toutefois, dans notre pays les consommateurs préfèrent souvent le prix bas à l’origine française des produits. On ne peut que regretter que la valeur ajoutée perçue reste insuffisante par rapport aux écarts de prix.

1. https://www.groupeaoste.com

Propos recueillis par Benoît Jullien (Icaal)

Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure expérience sur notre site. Si vous continuez à l'utiliser, nous considérerons que vous acceptez l'utilisation des cookies.