Vie des marques

Daunat, le snacking exigeant

25/04/2023

Marque phare du secteur des sandwiches et salades, et ETI familiale ancrée en France, Daunat* partage sa vision de l​‌’évolution de son marché et sa politique RSE. Entretien avec Frédéric Oriol, directeur général, et Maye El Maghrabi, directrice marketing et innovation, Daunat.

Que nous dit le marché du snacking sur l’évolution des habitudes et pratiques alimentaires des Français ?

Maye El Maghrabi : Culturellement, la France est le pays le moins disposé au snacking. En se basant sur les études réalisées par Claude Fischler nous savons que la France est le pays du monde où la notion de collectif est la plus forte lorsque l’on parle d’alimentation. Manger doit également procurer de l’émotion. À l’opposé, les États-Unis sont le pays le plus individuel en matière alimentaire et le plus fonctionnel, donc à priori le plus disposé au snacking.

Mais les choses évoluent. Nos habitudes alimentaires ont subi de profonds changements depuis l’après-guerre. Les changements sociologiques comme la montée du salariat, le développement du travail des femmes, la fréquence des familles monoparentales, la décohabitation des générations et les grands phénomènes d’urbanisation ont contribué à bouleverser les habitudes et les comportements alimentaires.

La dimension praticité est devenue essentielle. Au cours des vingt dernières années, le snacking a connu une ascension fulgurante. Les bouleversements plus récents tels que l’explosion du télétravail, la montée de l’individualisation, du célibat et le multitasking devraient continuer à contribuer au développement du snacking. Les Français recherchent des solutions pratiques, gourmandes et accessibles pour faciliter leur quotidien.

L’inflation conduit-elle vos consommateurs à arbitrer leurs achats selon vos gammes (salade traiteur, sandwich, snack chaud) ? Le marché du snacking est-il plus résilient en raison de son accessibilité en termes de prix ?

M. El M : Le marché du snacking résiste mieux en raison du besoin fondamental de praticité, et effectivement d’accessibilité en prix. Pour autant, nous observons au premier trimestre une inflexion dans les volumes, notamment au mois de mars. Les explications sont multiples : le prix, une météo moins favorable, un contexte national perturbé avec les grèves à répétition, etc. Il est difficile d’isoler les leviers.

Observez-vous moins de tension sur les approvisionnements en ce début d’année 2023 ?

Frédéric Oriol : La grippe aviaire a fragilisé l’ensemble de la filière, avec des répercussions directes sur l’approvisionnement en œufs et en poulets. C’est donc encore un gros point de vigilance. Nous n’avons que très peu de visibilité.

Pour la traçabilité, développez-vous la blockchain ?

F. O : Nous travaillons avec nos fournisseurs à remonter plus en amont que l’étape de la transformation. La blockchain peut être une réponse à l’exigence de traçabilité mais n’est pas la seule. Nous privilégions la collaboration avec les fournisseurs.

Politique environnementale de groupe

Quelles sont vos ambitions quant à votre impact environnemental, emballages, eau, décarbonation, transport ?

F. O : Depuis un an, nous travaillons à notre bilan carbone. Nous avons réduit l’utilisation de nos énergies fossiles, notre consommation de gaz de 70 % . Nous développons les énergies renouvelables avec des panneaux solaires, des nouveaux process de production concernant, par exemple, le froid. Sur le plan du transport nous sommes entrés dans la démarche Fret 21. Nous avons réduit notre consommation d’eau de 18 % .

M. El M. : Par l’écoconception de nos emballages, nous avons économisé 33 tonnes de plastique en 2020 et 100 % de nos emballages en carton sont certifiés FSC-PEFC depuis fin 2021. Nos objectifs, pour 2025, sont : 15 % de réduction du tonnage, 50 % de matériaux recyclés et 100 % recyclables. S’agissant des déchets, nous les avons réduits de 22 %, et 89 % sont recyclés ou revalorisés, notre objectif étant d’avoir 100 % de nos déchets industriels recyclés à la fin de 2023.

Quels leviers activez-vous pour économiser l’eau ?

F. O : En 2020, avec la mise en place d’une politique environnementale groupe, Daunat s’est fixé des objectifs ambitieux de réduction de sa consommation d’eau. Le premier levier est la lutte contre le gaspillage et l’attention à utiliser le juste besoin en eau. La sensibilisation des équipes dans les ateliers, pour informer de toute anomalie ou de fuite, permet de surveiller sur le terrain les dérives éventuelles. Le second levier est l’optimisation de l’utilisation de l’eau dans les procédés et les nettoyages. Pour cela, rien de mieux que de bien produire, sans panne de machine ni problème de qualité. Chaque litre d’eau utilisé doit être utile à fabriquer un produit, et non perdu. Le levier suivant est le recyclage de l’eau dans nos procédés industriels. Par exemple, lors du nettoyage de nos légumes, nous recyclons l’eau de rinçage dans nos bains de prélavage. Des mesures simples ont permis d’atteindre en trois ans nos objectifs de réduction de consommation d’eaux : moins 18 % par rapport à 2019.

Le président de la République a annoncé la mise en place de plans de sobriété sur l’eau pour chaque secteur d’activité, d’ici à cet été. Quelles mesures envisagez-vous en ce sens que vous n’auriez pas encore adoptées ?

F. O : La prochaine étape sera de nous doter d’outils performants pour identifier de nouvelles pistes d’amélioration. Nous travaillons à la mise en place de compteurs connectés pour obtenir une cartographie précise et en temps réel des consommations, avec la mise en place d’un logiciel de supervision. Autre sujet, des essais sont en cours pour changer nos méthodes de nettoyage avec de l’eau de nos équipements et de nos ateliers. Ce peut être par exemple d’utiliser l’aspiration des déchets à la place de la projection d’eau. Nous y travaillons avec le service qualité, pour toujours assurer la sécurité alimentaire de nos produits.

Le made in France permet-il de réduire l’impact du transport ?

F. O : Oui, bien évidemment. Nous sommes engagés dans le dispositif Fret 21 du programme EVE (une communauté de chargeurs mobilisés pour réduire l’impact environnemental de leurs transports). Et à réduire de 5 % nos émissions de gaz à effet de serre sur trois ans dans nos transports, ce qui représente 242 tonnes de GES en moins, soit vingt-six tours du monde en avion ou cinquante-sept années de chauffage. Comment ? En réduisant la distance parcourue par nos camions, cela a été rendu possible en agrandissant notre usine de Laon ; en travaillant avec des transporteurs engagés dans une démarche responsable comme le dispositif Objectif CO2 du programme EVE ; en optimisant le taux de remplissage de nos camions et la fréquence de livraison auprès de nos clients de la restaurant hors domicile.

* Voir aussi notre article « Daunat, le culte de la francité », 31 mai 2022.

Propos recueillis par Jean Watin-Augouard

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