Vie des marques

Léa Nature, communauté d’entreprises

20/03/2026

Fédérées par des exigences sanitaires et écologiques des marques se sont regroupées sous l’ombrelle de Léa Nature, un “Laboratoire d’équilibre alimentaire” devenu « village de PME ». Avec une vingtaine de sites industriels en France. Entretien avec Charles Kloboukoff, président-fondateur de Compagnie Léa nature.

Qu’est-ce qui est entré de vos convictions personnelles dans la création de Léa Nature [1] en 1993 ?

Charles Kloboukoff : Par mon histoire familiale portée sur les médecines douces, je suis convaincu du bien-fondé de protéger et stimuler les défenses naturelles de l’organisme, donc de promouvoir les solutions naturelles alternatives aux produits issus de l’agrochimie. Les convictions qui m’ont guidé tournent sur deux axes : santé et nature. Donc des produits à la fois respectueux de l’environnement et bénéfiques pour la santé. C’est notre vocation. J’ai souhaité développer des produits composés quasi exclusivement d’ingrédients naturels ou certifiés biologiques, pour ce que l’on mange, ce que l’on boit, ce que l’on se met sur la peau, ce que l’on respire. Donc dans chacune de nos activités : santé, diététique, alimentation, cosmétiques, hygiène et produits d’entretien.

Pourquoi ce nom de Léa Nature ?

C. K : Je souhaitais un prénom féminin qui soit un acronyme exprimant l’objet de l’entreprise. Léa est la contraction de « Laboratoire d’équilibre alimentaire », nom initial. J’ai commencé avec une offre de compléments alimentaires naturels. Adjoindre le terme « nature » l’a ancrée dans l’engagement naturalité.

Pourquoi le concept de « village de PME » [2] ? Passerez à la « ville » en augmentant le nombre d’entreprises de la famille, comme vous venez de le faire avec l’acquisition de 60 % du groupe Berdoues Parfums et Cosmétiques ?

C. K. : Ce concept de village de PME définit notre modèle, où lorsqu’une entreprise nous rejoint elle conserve une certaine identité familiale et autonomie, elle garde son ancrage territorial, maintient les emplois et dispose d’une assise financière plus solide. Notre compagnie mutualise les fonctions supports et crée des synergies : ventes, achats et logistiques. Le terme de village reste approprié même si nous augmentons le nombre d’entreprises, ce qui témoigne de l’attractivité du modèle pour ceux qui veulent pérenniser leurs engagements, et être raisonnables financièrement.

Comment les PME du « village » sont-elles intégrées tout en conservant leur identité propre ?

C. K. : Les fonctions support de Compagnie Léa Nature s’attachent à intégrer progressivement chaque entreprise, à l’accompagner dans son développement commercial, industriel et R&D, tout en veillant à ce qu’elle conserve son identité et son patrimoine sur son territoire. La gouvernance est organisée par comités de direction locaux, reliés à une gouvernance de pôles pour les synergies commerciales et à un directoire pour l’organisation de Compagnie Léa Nature.

Des arbitrages éthiques avant d’être financiers

Combien de marques compte ce « village » ?

C. K. : Nous avons quarante marques bio et naturelles dont dix majeures, et des marques de niche [3]. 75 % de notre activité est réalisé par le pôle alimentaire, majoritairement bio.

Quelles sont les conditions pour entrer dans le village ?

C. K. : Notre village de PME rassemble vingt-cinq sites de production dont vingt et un en France et quatre en Espagne, Italie et Belgique. Nous restons à l’écoute d’opportunités à condition qu’il s’agisse d’une entreprise familiale ayant un savoir-faire industriel et une belle marque reconnue, et la volonté de promouvoir le bio et ou le naturel, le local, dans les secteurs qui nous intéressent. Nous voulons nous étoffer en Europe de l’Ouest.

Pourquoi avoir fait de la philanthropie environnementale un pilier de Léa Nature ? Quels sont les domaines d’action qui en découlent, selon les secteurs où votre compagnie est présente ?

C. K. : Le bio et l​‌’engagement environnemental sont apparus très vite comme une évidence. Reverser à la protection de la nature ce qu’on lui prélève s’inscrit dans une démarche vertueuse, en cohérence avec notre activité et notre vocation. Devenir membre de “1 % for the Planet” [4] en 2007 a été un engagement fort, puisqu’il s’agit de reverser 1 % du chiffre d’affaires d’une marque –aujourd’hui dix-huit – à des associations environnementales. Souvent quand une entreprise rejoint notre village, une de ses marques devient contributrice au “1 % for the Planet”, ainsi chacune fait sa part.

En 2011 a été créée la Fondation Léa Nature Jardin Bio[5], abritée par la Fondation de France. Cette philanthropie environnementale a permis de reverser 25 M€ pour la planète depuis 2007. Elle soutient des causes d’intérêt général liées à la protection de l’environnement, l’aide à l’agriculture paysanne et écologique, à la transition écologique, elle sensibilise au lien entre santé et environnement, à l’éveil des consciences pour une planète saine.

Comment conciliez-vous cette philanthropie avec les contraintes de coûts dans la chaîne de valeur ? Quels arbitrages entre croissance, rentabilité et exigences environnementales ?

C. K. : Notre objectif est de réussir à concilier économie et écologie. Cela nous impose parfois des choix éthiques avant d’être financiers et peut nous contraindre à réduire nos marges pour maintenir un prix accessible au consommateur. Notre vision est à long terme.  C’est l’avantage d’être un groupe indépendant, nous restons maîtres de nos choix et cohérent avec notre raison d’être.

Le bio est-il un passage obligé dans vos développements et quelle est sa part ?

C. K. : Les entreprises qui nous rejoignent fabriquent toutes une part de bio, et la plupart du temps, majoritairement. Aujourd’hui, les produits bio représentent 90 % de notre activité. Tous nos sites de fabrication sont contrôlés Ecocert. Les entreprises qui nous rejoignent qui auront des parts de bio plus modestes, nous les accompagnerons dans la croissance du bio et la quête d’un label.

La responsabilité territoriale participe-t-elle de la philanthropie environnementale ? Quelle est la part de vos ingrédients d’origine France ?

C. K. : Avec vingt et un sites de fabrication en France nous participons à sa réindustrialisation ; 83 % de nos matières premières agricoles bio sont origine France ou Europe. La part des ingrédients France est de 37 % au total, et de 65 % France si on exclut le riz, le sucre de canne et les produits à caractère exotique, si l’on ne retient que ce qui est cultivable en France.

Les moyens de l’indépendance

Associez-vous les consommateurs à vos engagements ?

C. K. : Avec notre fondation, nous organisons tous les ans une « conférence environnement » gratuite et ouverte au grand public, en faisant venir des experts sur des thématiques environnementales. La fondation organise également tous les ans lors d’une journée une « échappée verte » à l’intention des écoles primaires locales, avec des animations ludiques et pédagogiques menées par les associations environnementales que nous soutenons. Pour les salariés, elle organise des « cafés citoyens » à l’heure du déjeuner, consacrés aux enjeux de la transition écologique, et des projections de films contribuant à sensibiliser à la protection de l’environnement.

Comment Léa Nature parvient-elle à préserver son indépendance capitalistique ? Le fonds Ficus créé en 2021 participe-t-il de cette indépendance ?

C. K. : Conserver notre indépendance a toujours été un choix farouchement défendu pour rester maître de notre destinée. Nous avons depuis toujours réinvesti 75 % des bénéfices dans l’entreprise, lui permettant de financer son développement. Elle a ouvert son capital aux cadres méritants en direct, aux salariés dans un FCPE avec l’objectif qu’ils deviennent le deuxième actionnaire, devant les investisseurs financiers (6 % ), et elle a fait entrer les dirigeants fondateurs des sociétés achetées au capital de la holding de tête.

Le fonds de dotation actionnaire Ficus poursuit cette volonté d’indépendance et permet, au-delà de la transmission à un organisme d’intérêt général, de rendre incessible le capital du bloc majoritaire, de préserver les valeurs et le pacte d’engagements de l’entreprise.

Comment ce pacte d’engagements est-il évalué et actualisé ?

C. K. : En 2013, pour les vingt ans de l’entreprise, nous avons décidé d’être audités sur notre démarche RSE selon la norme ISO 26000 par Écocert. Nous avons obtenu le niveau Excellence. Tous les ans nous sommes audités et renouvelons ce niveau Excellence avec de nouveaux points de vigilance. Cela nous permet d’être en constante amélioration, de ne pas nous reposer sur nos lauriers, de définir de nouveaux objectifs. Le pacte d’engagements général est un document unique qui crée du lien entre toutes les sociétés du groupe : il donne le cap.

Influence-t-il les relations avec les fournisseurs, les agriculteurs partenaires et les territoires ?

C. K. : Dans ce pacte, nous considérons par exemple les problématiques liées aux conditions climatiques affectant les agriculteurs bio et donc nos approvisionnements. Nous avons mis en place un « fonds filières » pour aider à la structuration des filières bio.

Comment pilotez-vous l’innovation produit en gardant une cohérence de mission ?

C. K. : Ce n’est pas l’activité économique qui génère une action RSE, c’est la politique RSE de l’entreprise qui définit le cadre économique dans lequel elle peut exercer son savoir-faire, à savoir : des produits bons et sains, bio ou naturels, agréables à consommer et avec une liste d’ingrédients courte dans la plupart des cas, et peu d’étapes de transformation. Avec la volonté d’être utile, de faire du bien et de défendre de belles et justes causes.

Quels objectifs à l’avenir pour Léa Nature ?

C. K. : À moyen terme, notre objectif est de doubler les 500 millions d’euros de chiffre d’affaires, et de porter la part du CA international à 35 % , pour améliorer nos synergies et accroître nos accès aux marchés.

1. https://www.leanature.com       
2. « Compagnie Léa Nature forme aujourd’hui un grand village de PME indépendantes et familiales, tournées vers la fabrication de produits bio et naturels. » (https://compagnie-leanature.com/notre-histoire).
3. Marques Jardin Bio étic, So Bio étic, Joyce, Karélea, Gusti Amo, Good Moov, Jom Bao, Kiva, Naturasensn Biosens, Biovie. Priméal, Le Pain des fleurs, Bisson, Bio Organica, Maison Vitamont, Bio Soleil, Pleniday, Douce Nature et Écodoo.
4. S’engager pour le vivant et pour la Planète  - 1% for the Planet,     
5. https://fondation-mecenat-leanature.org

Propos recueillis par Jean Watin-Augouard

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