Carrefour fait de l'agro-écologie son nouveau cap
09/10/2026
Après le bio et les filières qualité, l’agro-écologie
L’annonce s’inscrit dans le pilier « biodiversité » de la stratégie RSE du groupe. Jusqu’ici, Carrefour mettait en avant son engagement sur les produits bio et ses filières qualité Carrefour. L’enseigne veut désormais aller plus loin en sollicitant directement ses fournisseurs industriels.
Pour porter cette ambition, Carrefour s’appuie sur son engagement dans la coalition Pour une agriculture du vivant (PADV). L’objectif affiché est clair : 200 fournisseurs engagés en agro-écologie.
Les catégories concernées couvrent une large part des matières premières agricoles :
- grandes cultures : blé, maïs, tournesol, colza, soja ;
- betterave à sucre et pomme de terre ;
- légumineuses : pois et fèves ;
- produits à base d’ingrédients animaux, dont le lait.
Ce que Carrefour attend des industriels
Carrefour demandera aux fournisseurs de ces filières une trajectoire intégrant des programmes d’agro-écologie, avec des projets concrets sur le terrain et un plan de déploiement à court et moyen terme. L’enseigne reconnaît que plusieurs dispositifs et méthodes existent déjà, dont certains internationaux : elle n’impose pas de référentiel unique.
Le calendrier, les objectifs et les surfaces seront construits au cas par cas avec chaque fournisseur. Les industriels seront interrogés sur :
- les moyens déployés auprès des agriculteurs : formation, primes, accompagnement technique ;
- l’organisme partenaire avec lequel ils travaillent en agro-écologie ;
- les volumes concernés, en hectares ou en tonnes produites ;
- les indicateurs suivis, par exemple un indice de régénération ;
- la validation de la démarche par un tiers indépendant.
Les données seront d’abord globales, puis descendront à l’échelle du produit sur le long terme.
Les acheteurs Carrefour seront informés des industriels engagés. Côté financement, Carrefour ne prévoit pas de budget dédié. L’enseigne évoque un accompagnement et une valorisation dont les contours restent à préciser. Sans trop préciser, Stéphane Pierrefeu évoque que Carrefour réfléchit à un « mécanisme de coûts partagés ».
Un engagement qui prolonge les SLBP et nourrit les scorecards fournisseurs
L’agro-écologie s’appuie sur un outil déjà en place : le Sustainable Linked Business Plan (SLBP), lancé en 2025. Pour rappel, cet accord extra-financier, conclu entre Carrefour et ses fournisseurs en complément des négociations commerciales, comprend trois engagements définis conjointement :
- un engagement au niveau de l’entreprise (BtoB), par exemple une trajectoire sur l’impact du transport ou un programme d’agriculture régénératrice ;
- deux engagements liés aux produits ou services (BtoC), comme l’amélioration nutritionnelle, les alternatives végétales ou l’éco-conception des emballages.
Ces plans s’articulent autour de quatre priorités : décarbonation, déplastification, biodiversité (agriculture régénératrice incluse) et santé des consommateurs.
Carrefour va aussi mettre en place des scorecards fournisseurs. Elles intégreront plusieurs critères pondérés différemment : SLBP signé, engagement SBTi, adhésion au Pacte alimentaire, etc. L’enseigne les présente comme des « signes de confiance », reflétant le niveau d’accompagnement de ses fournisseurs dans sa transition. Plus de 100 fournisseurs sont aujourd’hui engagés SBTi, contre 30 en 2021.
Climat, santé : les autres chantiers de la feuille de route
La stratégie RSE de Carrefour repose sur quatre piliers : climat, biodiversité, santé, diversité et inclusion.
Climat - Stéphane Pierrefeu compare le scope 3 de l’enseigne à un « puzzle à reconstituer » avec les données fournisseurs. Carrefour s’appuie aujourd’hui sur des données génériques estimées, mais attend des données carbone à l’EAN d’ici 24 à 36 mois. Conscient des écarts de méthodologie, il entend les utiliser d’abord pour évaluer les fournisseurs, puis pour affiner l’assortiment.
Santé - Carrefour vise 50 % de son chiffre d’affaires issu du programme « Mieux manger », dont la définition maison s’appuie sur le PNNS : Nutri-Score A, B ou C et absence d’une liste de substances controversées.
Deux outils RSE sont mis à disposition des équipes. En BtoB, un outil indique pour chaque fournisseur le nombre d’EAN conformes aux critères « Mieux manger ». En BtoC, l’assistant de courses Hopla, propulsé par l’IA générative et lancé en juin 2023, propose des alternatives orientées « Mieux manger », compose des menus selon un budget ou un régime et génère automatiquement le panier.
Des questions encore ouvertes pour les industriels
Avec l’agro-écologie, Carrefour fait entrer l’amont agricole dans la relation commerciale avec ses fournisseurs, après le carbone et la nutrition. Pour les industriels concernés, plusieurs points restent à clarifier : la nature de la valorisation promise, le fonctionnement du « mécanisme de coûts partagés » et le poids de cet engagement dans les futures scorecards.
SP