+50 % en trois ans : la décarbonation, financée à 93 % par l'industrie elle-même
15/09/2026
En 2024, 54 % des établissements industriels de 20 salariés ou plus ont engagé des dépenses pour réduire leur impact environnemental, pour un montant total de 3,5 milliards d’euros, selon l’Insee. Les investissements en constituent l’essentiel (3,1 milliards d’euros) et progressent de près de 50 % depuis 2021. L’industrie agroalimentaire y consacre à elle seule 565 millions d’euros, soit 16 % du total de l’industrie.
Une facture qui ne cesse d’augmenter, et que l’industrie règle presque seule. C’est ce que documente l’Insee dans sa dernière étude sur les dépenses antipollution, réalisée à partir d’une enquête menée auprès de 23 000 établissements industriels.
Trois ans de hausse à deux chiffres
Les investissements antipollution progressent de plus de 10 % pour la troisième année consécutive : +11 % en 2022, +16 % en 2023, +16 % encore en 2024. Depuis 2021, leur hausse atteint 49 % , ce qui a conduit l’Insee à retenir un arrondi de 50 % en titre de son étude. Sur la même période, les prix de fabrication des machines industrielles n’ont, eux, augmenté que de 16 % – preuve que la hausse reflète un effort réel des industriels, et non un simple effet prix.
Les énergies renouvelables, nouveau premier poste
La moitié des montants investis en 2024 est désormais consacrée à l’énergie, que ce soit en matériel de production renouvelable (26 % ) ou en technologies d’optimisation de la consommation (24 % ). Les installations de production d’énergie renouvelable, à elles seules, représentent 812 millions d’euros, en hausse de 43 % après déjà +25 % en 2023 : elles deviennent le premier poste d’investissement antipollution, devant les économies d’énergie. Cette accélération tient notamment aux incitations financières comme le Fonds Chaleur, géré par l’Ademe.
L’agroalimentaire, en première ligne
Avec 565 millions d’euros de dépenses en 2024, l’industrie agroalimentaire se classe au troisième rang des secteurs contributeurs, derrière l’énergie (813 millions d’euros, 23 % du total) et la chimie-pharmacie (569 millions d’euros, 16 % ), à égalité avec cette dernière. Contrairement à la métallurgie, où la gestion des déchets domine, les investissements agroalimentaires portent d’abord sur le traitement des eaux usées et les économies d’énergie, qui concentrent à elles deux un tiers des dépenses environnementales du secteur.
Une prise en charge publique marginale
Seuls 21 % des établissements ayant engagé des dépenses environnementales ont bénéficié d’une aide publique en 2024, une proportion qui grimpe à 34 % pour les plus grands établissements mais retombe à 17 % pour les plus petits. Au total, 260 millions d’euros d’aides ont été versés sur 3,5 milliards d’euros de dépenses, soit 7 % du montant global – et ces aides ne couvrent en moyenne que 25 % à 30 % des montants engagés lorsqu’elles sont accordées.
Ce que cela dit du financement de la transition
Le constat que dresse l’Insee est sans ambiguïté : la décarbonation de l’industrie est financée aux neuf dixièmes par les entreprises elles-mêmes. Un enseignement qui vient s’ajouter à celui que porte l’Ilec sur les négociations commerciales : sur ce front comme sur d’autres, l’industrie agroalimentaire est appelée à financer seule des transitions – environnementale, énergétique – dont le coût collectif n’est aujourd’hui que très partiellement partagé.
MM - KT