Bulletins de l'Ilec

Seb Alliance, un esprit entrepreneurial galvanisé

le 31/05/2017

L’intensité de la concurrence dans le secteur du petit électroménager a conduit Seb à organiser une activité de veille et d’appui à l’intention de jeunes pousses innovantes pour détecter de nouveaux marchés. Gagnant-gagnant. Entretien avec François-Xavier Meyer, directeur des participations du groupe Seb, chargé de Seb Alliance

Pourquoi avoir choisi en 2011 la création d’un fonds d’investissement ? Joue-t-il un rôle d’incubateur ?

Francois-Xavier Meyer : Seb Alliance est la société d’investissement destinée au financement de jeunes pousses technologiques du groupe Seb, elle s’inscrit complètement dans sa démarche d’innovation ouverte. Le groupe a été en 2011 précurseur sur ce plan ; d’autres sociétés, généralement du Cac 40 se sont lancées depuis dans la même stratégie. La démarche du groupe Seb est naturelle, car il a toujours eu des relations avec des sociétés extérieures, particulièrement avec de petites sociétés technologiques.

Seb Alliance joue dans le groupe un rôle de veille technologique, de mises en relation, avec la possibilité d’accompagner financièrement certaines start-up. Nous sommes en veille pour certaines et nous collaborons avec d’autres pour faire émerger l’innovation. Nous avons créé cette activité en 2011, après la prise de participation dans Key Ingredient, une start-up américaine basée à Austin (Texas) et spécialiste des solutions numériques pour la cuisine. Le fonds embrasse l’ensemble des thématiques d’innovation du groupe.

Qu’est-ce qui conduit un grand groupe comme Seb à s’associer des start-up ? Seulement la quête d’une « agilité » qu’il n’aurait pas ?

F.-X. M. : Notre ambition est de maintenir par cette activité le fort esprit entrepreneurial du groupe, qui a beaucoup grandi ces dernières années, et de stimuler les équipes au contact de nos entrepreneurs. Les start-up n’ont pas la même notion du temps qu’un grand groupe. La vitesse et l’agilité sont des facteurs clés dans notre industrie, très concurrentielle.

Quels sont les domaines d’investigation de ce fonds d’investissement ?

F.-X. M. : Nous accompagnons des sociétés technologiques dans des domaines comme le bien-être, la maison connectée, la robotique, les nouveaux matériaux et les nouvelles formes d’énergie. Nous sommes apporteurs d’innovations additionnelles pour nos équipes marketing et innovation, nous repoussons les limites géographiques et sectorielles. Ce qui n’empêche pas l’innovation en interne, très forte grâce à notre savoir-faire.

Le monde évolue vite et devient de plus en plus compétitif. La mise en place d’un écosystème est bénéfique au groupe Seb et aux start-up, cela permet d’aller chercher des compétences et des savoir-faire que le groupe n’a pas forcément en interne. Cette démarche nous demande de nous adapter aux contraintes de ces petites sociétés, mais elle fait émerger des technologies sur le marché.

Quelles sont les jeunes pousses avec lesquelles vous travaillez ?

F.-X. M. : Il y en a une dizaine, avec lesquelles nos relations sont variables. Les sociétés sont souvent dans la phase post-R&D, preuve de concept et sur le point de commercialiser. Nous les accompagnons sous différents aspects : l’industrialisation, l’accès au marché, notre connaissance du marketing de la grande consommation. Nous créons une émulation bilatérale, l’idée étant de favoriser des collaborations. Par exemple, nous avons accompagné Éthera, une start-up grenobloise spécialiste de la qualité de l’air intérieur. Nous embarquons sa technologie dans nos purificateurs d’air intérieur, une nouvelle catégorie de produits pour le groupe, vendus sous les marques Tefal, Rowenta et Supor (notre marque en Chine).

Comment retenez-vous les entreprises pertinentes ? Recourez-vous à une société de notation ?

F.-X. M. : Nous avons une équipe en interne, mais nous travaillons en étroite collaboration avec les équipes opérationnelles pour identifier les start-up, et nous avons mis en place une méthodologie interne avec un processus de sélection. Un comité d’investissement décide de manière collégiale.

Quel ontrat est établi, pour la propriété intellectuelle notamment ?

F.-X. M. : Nous sommes très respectueux sur le plan de la propriété intellectuelle et veillons à la question. Nous sommes souvent amenés à codévelopper, et nous pouvons déposer des brevets en commun.

La prise de contrôle est-elle l’issue obligée de l’association ?

F.-X. M. : Non, cela dépend des cas et ce n’est pas l’objectif premier. Il faut d’abord passer du temps ensemble, apprendre à se connaître, trouver un intérêt stratégique, avant d’envisager une prise de contrôle.

Jusqu’où peut aller l’externalisation de la R&D d’un grand groupe ? Y a-t-il un risque de perte d’expertise ?

F.-X. M. : Non, nous ne courrons pas ce risque parce que nous jouons la carte de la complémentarité et de la cocréation. S’il y a une prise de participation, c’est parce qu’il y a une volonté commune. Les expertises se renforcent et il en ressort un gain mutuel. Si nous nouons un partenariat avec une société, c’est parce que nous n’avons pas son expertise, et réciproquement. Nous créons des synergies entre nos deux structures.

Le groupe Seb pourrait-il s’associer avec d’autres groupes, hors de son univers, autour d’une start-up dans un domaine qui leur est commun ?

F.-X. M. : Nous partageons des investissements avec d’autres industriels. Nous avons également noué des liens avec d’autres grands groupes au travers de nos investissements dans des fonds partenaires qui ont vocation à investir dans des start-up, par exemple Technocom 2, un fonds pour le numérique et l’internet des objets géré par Innovacom, qui regroupe des entreprises du Cac 40 (Orange, Nokia, Soitec) et Cathay Innovation (Valeo, Michelin, BNP Paribas Cardif…). Ce fonds est transnational ; il investit aux États-Unis, en France, Europe et en Asie.

Aux « freelances » d’hier succèdent des « experts indépendants » et des jeunes pousses associées : l’entreprise étendue est-elle une réalité ?

F.-X. M. : Il se crée un lien plus fort qu’un simple contrat commercial ; le niveau de confiance est élevé. On crée une famille, un écosystème, même si chacun a son périmètre ; on favorise le travail collaboratif.

Propos recueillis par J. W.-A.

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