Bulletins de l'Ilec

Éditorial

Brèves histoires de temps

le 31/07/2017

Innover prend du temps. En grande consommation, deux à trois ans sont nécessaires, de l’idée à l’apparition sur les linéaires d’un produit nouveau, selon une estimation avancée dans les pages qui suivent, avec la prudence qu’appelle toute tentative de généralisation. La perception spontanée que tout un chacun peut en avoir ignore ou minimise ces délais, tant l’idée de nouveauté est associée à celle d’événement, de soudaineté. Or il ne s’agit pas seulement de gésine, de conception et de production selon une analogie biologique. Le temps est aussi logistique, mercatique, commercial ; autant de calendriers, autant de contraintes de calendrier ; autant de points de vue, autant d’appréciations, notamment sur le choix du moment, qu’on risque, une fois qu’il est passé, d’attendre longtemps de voir revenir. Combien de produits doivent leur réussite à un lancement par la meilleure fenêtre de tir possible ? Combien qui n’ont pas survécu à un calendrier mal ajusté ? Combien qui se seraient imposés sans un retrait trop rapide des linéaires ? Sans doute les causes d’un échec peuvent être cherchées ailleurs, et il est impossible de reconstituer ex post l’effet d’un seul facteur en neutralisant l’effet des autres. Reste que la maîtrise du temps, en « innovation produit », ne semble pas moins essentielle qu’en politique.

Il semble aller de soi, que l’innovation réponde à une appétence du marché ou qu’elle invente un nouvel usage, que cette maîtrise du temps vise à sa réduction. La réponse instantanée aux fluctuations du marché est l’horizon rêvé des marketeurs, et les industriels de la grande consommation recherchent, pour y tendre, une souplesse de jeunes pousses (à cet égard, le présent Bulletin prolonge le thème de la livraison précédente, « Grands groupes et start-up »). Mais la maîtrise tient aussi à la capacité d’être lent quand c’est utile : conception partagée, expérimentation et apprentissage en situation réelle, lancement échelonné, extension progressive à d’autres circuits ou enseignes… Le temps de l’innovation s’étirerait-il autant, par l’exigence participative, qu’il se contracte du fait de prouesses techniques à la production ? Encore ces considérations centrées sur le lancement n’épuisent-elles pas la dimension temporelle des processus d’innovation, qui embrasse aussi le rapport du temps court au temps long… Empruntant au titre d’ouvrage d’un célèbre astrophysicien, nous en livrons ici de brefs aperçus.

François Ehrard

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