Vrac et réemploi au milieu du gué
12/05/2026
L’étude réalisée par NielsenIQ pour Réseau Vrac & Réemploi, en mars, dernier observe un renforcement de la base d’usagers : 32 % des foyers français déclarent avoir acheté des produits en vrac ou en consigne au cours des douze derniers mois. Après plusieurs années de recul, sur fond d’inflation, ce taux marque une stabilisation du nombre d’usagers. Le seul vrac alimentaire montre même des signes de reprise, avec 26 % des foyers acheteurs en 2025, soit un point de plus par rapport à 2024. Pourtant, le contexte économique reste contraint.
Le vrac tiré par certaines catégories
La croissance du vrac reste en grande partie le fait de certains segments qui lui sont particulièrement bien adaptés : des produits du quotidien, simples à doser et à conserver, constituent l’essentiel de son développement.
Ainsi, la pénétration des épices en vrac (18 % des consommateurs) a progressé de 3,5 points, ce qui en fait l’un des segments les plus dynamiques. Tandis que celle des biscuits augmente de 3,3 points entre 2024 et 2025. Ces catégories restent la porte d’entrée principale du vrac, combinant praticité, maîtrise des quantités et limitation du gaspillage.
Par ailleurs, l’étude met en évidence le poids déterminant de l’environnement d’achat : 43 % des consommateurs déclarent que leur magasin habituel conditionne leur recours au vrac. Signe que la demande ne nait pas toujours de motivations écologiques, mais dépend fortement de la disponibilité de l’offre et de son intégration dans les circuits de consommation quotidiens.
Le réemploi, un geste déjà très ancré, mais…
En parallèle, l’étude met en lumière un niveau d’adoption très élevé des pratiques de réemploi : 91 % des Français déclarent réutiliser des emballages pour envoyer des colis, illustrant un ancrage profond de ces gestes dans le quotidien. Au-delà de cet indicateur, la revente, le don ou la réutilisation d’objets sont déjà largement répandus. Voilà un constat bien paradoxal. Les dispositifs organisés de consigne progressent lentement avec diverses expériences mais on oublie souvent que les pratiques informelles de réemploi sont, elles, massivement implantées. L’enjeu est de restaurer des habitudes ancrées et spontanées en systèmes structurés et industrialisables.
Le prix, toujours le prix et le manque de praticité
En dépit de ces observations, le développement de ces modes de vente reste soumis à la contrainte économique : 32 % des consommateurs estiment que les produits en vrac sont plus chers au kilo que les produits emballés. Cette perception intervient bien sûr dans un contexte de forte tension sur le pouvoir d’achat : 79 % des Français se déclarent fragilisés ou prudents face à leur situation financière, tandis que l’inflation cumulée a atteint près de 20 % entre 2022 et 2024 suite au conflit Ukrainien.
Presque toujours, les arbitrages budgétaires prennent le pas sur les considérations environnementales. Le vrac, bien qu’identifié comme plus durable, devra encore démontrer sa compétitivité économique pour s’imposer à grande échelle.
D’autant que d’autres freins demeurent : le manque de praticité, l’offre encore très incomplète et, pour la consigne, la contrainte de rapporter les contenants. Ils creusent un déficit de simplicité face au commerce habituel.
Un paradoxe éternel
L’étude illustre la tension permanente entre souci de l’environnement et limites économiques. D’une part, 71 % des Français se déclarent inquiets face au changement climatique et admettent l’intérêt de modes de consommation plus durables. Mais, d’autre part, leur compte en banque impose des arbitrages immédiats, souvent défavorables au vrac perçu comme plus coûteux. C’est d’ailleurs également la même problématique pour le bio ; sachant que le vrac étant majoritairement bio : il cumule deux handicaps.
Le potentiel de ce marché repose sur sa capacité à combiner promesse écologique et efficacité économique. Après un retour prometteur, vrac et réemploi sont en réalité ancestraux, ces segments attendent un changement d’échelle reposant sur le triptyque : compétitivité prix, parcours d’achat et largeur d’offre.
Directrice générale de Réseau Vrac & Réemploi, Célia Rennesson résume ainsi :
« Les consommateurs veulent les mêmes leviers pour le vrac que pour le préemballé, consigné ou non : des prix compétitifs, des actions promotionnelles, de la praticité et retrouver leurs marques habituelles. Vrac et consigne pour réemploi doivent donc être pensés mainstream et non niche pour se développer. »
Voir aussi :
Vrac, les moyens de la maturité
Réemploi : susciter la demande