La proximité, nouveau terrain de conquête de la grande distribution
08/04/2026
Le mouvement est structurel. Alors que les hypermarchés et les supermarchés perdent chacun des parts de marché, le commerce de proximité progresse — 8 % de part de marché en valeur fin 2025 selon Worldpanel by Numerator, avec plus d’un million de nouveaux clients recrutés sur la seule période de novembre. Toutes les grandes enseignes se repositionnent en conséquence, avec des rythmes et des modèles différents.
Carrefour occupe depuis longtemps ce terrain, avec ses formats City, Express et Market. La proximité figure explicitement dans son plan stratégique 2026, qui prévoit l’expansion de ces formats en France et en Europe. Intermarché poursuit sa propre dynamique, portée par l’intégration progressive des magasins Casino rachetés en 2023 et par le projet de reprise de quelque 295 supermarchés Auchan, annoncé en novembre 2025 — 91 cédés directement à des adhérents Mousquetaires, les autres basculant sous franchise Intermarché ou Netto. L’opération reste soumise à l’autorisation de l’Autorité de la concurrence, et le changement d’enseigne ne pourra intervenir avant fin 2026 au plus tôt. La coopérative U, de son côté, a absorbé le réseau Schiever, dont les ouvertures successives alimentent sa progression en proximité depuis 2025.
E. Leclerc arrive en retard. Avec 3,4 % de part de marché en proximité en 2025, l’enseigne reconnaît elle-même partir de loin. Michel-Édouard Leclerc a annoncé un objectif de 600 points de vente à horizon 2030, ce qui supposerait d’ouvrir environ 90 magasins par an contre une cinquantaine envisagés pour 2026. Le modèle repose sur un adossement systématique à l’hypermarché : la supérette est gérée comme un rayon supplémentaire de la grande surface, dont elle partage la logistique et les équipes. Cela permet de tenir l’engagement de prix alignés sur ceux de l’hyper — fondateur pour la marque E. Leclerc — mais au prix d’un déport des coûts sur la structure mère dont la soutenabilité à grande échelle n’est pas encore démontrée.
Pour les industriels de marques, cette recomposition n’est pas sans conséquence. Le format de proximité contraint mécaniquement les assortiments : 2 000 à 3 000 références dans un E. Leclerc de 100 m², contre plusieurs dizaines de milliers en hypermarché. Dans un linéaire réduit, les arbitrages de référencement se durcissent, au bénéfice des marques distributeurs et des premiers prix, qui constituent le cœur du « mix » affiché par les enseignes dans ces formats. La montée en puissance de la proximité n’est donc pas un sujet neutre pour la visibilité des marques nationales. C’est un mouvement à suivre avec attention.