PGC : une résistance qui repose sur des leviers à bout de souffle
28/07/2026
Ce que disent les chiffres
Selon Circana¹, le chiffre d’affaires tous produits (CATP) des grandes surfaces atteint 151 milliards d’euros sur douze mois à fin juin 2026, en progression de 0,8 % sur un an, une croissance qui marque le pas par rapport aux exercices précédents. Les PGC en libre-service (PGC FLS) s’établissent à 139 milliards d’euros, en hausse de 2,1 % en valeur et de 1 % en volume sur le premier semestre 2026 comparé au premier semestre 2025. L’inflation résiduelle sur ce périmètre ressort à 0,9 % , contre 21,6 % cumulés depuis le premier semestre 2021, et l’effet mix se limite à 0,2 % sur l’ensemble du semestre. Le détail mensuel est toutefois contrasté : après une série de valeurs positives depuis juillet 2025, l’effet mix devient négatif en avril 2026 (- 0,2 % ), reste nul en mai, avant de repasser positif en juin (+ 0,4 % ).
Le non-alimentaire, à l’inverse, recule de 3,7 % en chiffre d’affaires, pénalisé notamment par l’univers de la maison (- 7,4 % ), tandis que les produits frais traditionnels progressent de 2,7 % , portés par la charcuterie-traiteur (+ 6,1 % ) et la boucherie (+ 4,2 % ).
Par circuits, les positions se recomposent nettement. La proximité et le e-commerce GSA affichent respectivement + 7,5 % et + 6,1 % en valeur sur les PGC FLS, quand les supermarchés reculent de 0,3 % et les hypermarchés progressent faiblement (+ 1,3 % ). Sur cinq ans, les hypermarchés de plus de 7 500 m² ont perdu deux points de part de marché au profit des formats de taille intermédiaire.
Sur le plan des marques, les MDD confirment leur avance : leur part de marché valeur atteint 36,2 % des PGC FLS, stable sur un an, mais l’écart de croissance en volume avec les marques nationales, réduit à 0,1 point au premier semestre 2025, se creuse de nouveau à 2 points. Parmi les marques nationales, les TPE se distinguent par une progression de 7,1 % en valeur et 4,4 % en volume, quand les grands groupes reculent en volume (- 1,4 % ).
Signal moins commenté : le rayon DPH, en recul continu depuis plusieurs années, affiche des volumes quasi stables sur le semestre (0,0 % , pour un chiffre d’affaires à - 0,2 % ).
Deux leviers historiques de la croissance marquent en revanche un net ralentissement. L’extension de l’offre en hypermarchés et supermarchés progresse de 2,9 % sur un an, contre 4,1 % au premier semestre 2025 ; certaines familles, comme les conserves de poisson ou les aliments infantiles, voient même leur assortiment se contracter.

La contribution des promotions aux gains de chiffre d’affaires des PGC chute à 20 % , contre 57 % un an plus tôt, alors même que la pression promotionnelle, mesurée par Wiser, augmente de 2,1 % - un paradoxe qui traduit une perte d’efficacité des mécaniques employées. Le taux de rupture se dégrade en parallèle, à 8,6 % en moyenne (+ 0,5 point), pour un enjeu de chiffre d’affaires estimé à 1,3 milliard d’euros.
Une croissance qui change de moteurs
Ces éléments dessinent un secteur qui tient sa croissance en valeur davantage par la modération inflationniste et par les volumes captés par la proximité et les MDD, que par sa capacité à animer l’offre et à activer le levier promotionnel de façon efficace. L’essoufflement conjoint de l’extension d’assortiment et de l’efficacité promotionnelle n’est pas anodin : ce sont deux instruments classiques de dynamisation des linéaires, et leur affaiblissement simultané renvoie à des arbitrages plus contraints, tant du côté des distributeurs - qui rationalisent leurs propositions - que du côté des industriels, dont près de la moitié des grands groupes voient le nombre de leurs références reculer sur la période.
Le recul persistant du non-alimentaire (- 3,7 % de chiffre d’affaires) n’est pas une donnée périphérique pour les fabricants de PGC. Il prive les distributeurs d’un relais de marge traditionnel et accroît potentiellement d’autant la pression qu’ils exercent, en retour, sur les négociations avec leurs fournisseurs de grande consommation pour compenser ce manque à gagner - un mécanisme qui mérite d’être suivi dans la durée.
La lecture de l’effet mix appelle en revanche une certaine mesure. Sur l’ensemble du semestre, il reste positif malgré la montée en puissance des MDD, ce qui n’allait pas de soi. Son repli en avril et sa stabilisation en mai, suivis d’un rebond en juin, pourraient traduire un attentisme passager des ménages sur fond de tensions géopolitiques au Moyen-Orient et de craintes d’un regain d’inflation - une hypothèse qui reste, à ce stade, à confirmer sur les prochains mois. Le rebond de juin, s’il se confirme à la rentrée, constituerait un signal plutôt encourageant sur l’état du pouvoir d’achat perçu.
La progression du poids des TPE, aussi bien en offre qu’en ventes, et la percée continue des MDD classiques, illustrent une recomposition de la valeur au profit d’acteurs capables de proposer une différenciation ou un avantage prix immédiatement lisible par le consommateur.

Après un léger rattrapage des marques nationales au premier semestre 2025, l’écart de dynamique en volume avec les MDD se creuse de nouveau nettement au premier semestre 2026. Cet écart doit toutefois être interprété avec prudence : une partie pourrait résulter d’un effet de structure - l’essor de la proximité et du drive, circuits où les MDD sont surreprésentées, et le recul relatif des grands hypermarchés, où les grandes marques nationales occupent une place plus importante - plutôt que d’une évolution de la demande des consommateurs à circuit constant. Les données disponibles ne permettent pas, à ce stade, d’isoler ce qui relève de la recomposition des circuits de ce qui relève d’un choix de consommation propre à la marque.
Autre signal qui mérite d’être noté : le rayon DPH, en recul de volume presque continu depuis plusieurs années, se stabilise sur ce semestre. Cette inflexion intervient après l’entrée en vigueur de l’encadrement des promotions sur les produits de droguerie-parfumerie-hygiène, que les distributeurs avaient largement combattu au moment de son adoption. Aucun lien de causalité n’est établi par les données Circana entre les deux évolutions, mais la coïncidence temporelle mérite d’être suivie.
L’enjeu pour le second semestre
La question qui se pose aux industriels est celle de la soutenabilité de leur présence en linéaire dans un environnement où l’offre se resserre, où l’efficacité promotionnelle décroît structurellement, et où la pression sur les marges de distribution - nourrie par le décrochage du non-alimentaire - se reporte sur la négociation avec les fournisseurs de PGC. Si cette tendance devait se confirmer au second semestre, la bataille pour l’espace de vente et la visibilité en tête de gondole pourrait se déplacer davantage vers la négociation de l’assortiment que vers la seule politique tarifaire. Le comportement de l’effet mix dans les prochains mois constituera, à cet égard, un indicateur à surveiller de près.