Vie des marques

Savencia, la donnée produit au cœur du métier

02/03/2022

Les marques sont affaires de confiance et l’information des consommateurs en est un pilier, qu’il s’agisse de la composition des produits ou de leur empreinte environnementale. Pour un groupe laitier comme Savencia (marques Caprice des Dieux, Cœur de Lion, Papillon, Tartare, etc.), il s’agit d’être pionnier dans sa filière. Entretien avec Emmanuel Treuil, directeur droit alimentaire et nutrition, Savencia.

Les produits de grande consommation doivent répondre à un nombre croissant de mentions obligatoires sur des emballages que l’on veut par ailleurs réduire, voire supprimer ; cela a-t-il un coût important ?

Emmanuel Treuil : Modifier les emballages pour y intégrer de nouvelles mentions a bien entendu un coût non négligeable, car il faut très souvent retravailler les visuels, changer les cylindres d’impression, détruire les emballages non conformes. La digitalisation de l’information produit doit jouer un rôle croissant dans l’information des consommateurs, notamment pour les informations « RSE » (affichage environnemental par exemple), qui prennent de la place et nécessitent d’être accompagnées d’explications, ce que ne permet pas le support physique du produit emballé.

Un foyer sur deux utiliserait une application mobile pour les courses du quotidien ; depuis quand ces pratiques des consommateurs sont-elles devenues un enjeu majeur pour votre groupe, qui possède de nombreuses marques et produits ?

E. T. : Les premières applications sont apparues il y plus d’une dizaine d’années. Elles répondent à une demande de transparence des consommateurs. Elles se proposent de les aider dans leur choix en décryptant ou simplifiant un certain nombre d’informations présentes sur les emballages. Elles apportent enfin une information enrichie sur les produits, notamment sur les conditions sociales et environnementales de leur production. Les marques ne peuvent ignorer ces demandes de transparence. Cette transparence est un gage de la confiance qui nous lie au consommateur. Le groupe Savencia s’emploie à y répondre, notamment en mettant ses données produits dématérialisées à disposition des acteurs sur des plateformes en open data comme CodeOnLineFood gérée par GS1 ou bientôt UniversAlim [1] de NumAlim.

Notations disparates et perfectibles

Et pour y répondre, qu’est-ce que cela a impliqué en termes d’investissements, d’organisation, de ressources ?

E. T. : Notre responsabilité est de mettre à disposition des applications mais plus largement de l’écosystème digital des informations exactes, exhaustives, pertinentes et intelligibles. La mise à disposition d’informations produits dématérialisées de qualité suppose de collecter, d’organiser et de gérer ces données en interne de façon fiable : en mettant en place une architecture pour structurer ces données, dans le respect des standards GS1 ; en organisant une gouvernance claire portant sur les responsabilités de chacun, sur la propriété des données ou encore sur les procédures de contrôle de leur qualité. Placer la donnée produit au cœur de nos métiers suppose une acculturation de l’ensemble des équipes et constitue un véritable chantier de transformation de l’entreprise, nécessitant implication forte du haut management. C’est ce que nous faisons chez Savencia.

Vos produits sont-ils décrits et notés de façon homogène par les diverses applications actuelles ?

E. T. : Malheureusement, non. Elles reposent sur des systèmes de notation différents, ce qui peut conduire à des résultats divergents. Pour l’information sur les impacts environnementaux, selon la méthode retenue les scores varient. Même chose pour la nutrition : il existe des systèmes qui reposent sur la composition nutritionnelle, d’autres sur le degré de transformation, d’autres sur les deux. Même lorsque les applications utilisent le même système de notation, on constate parfois des divergences. Au final, le risque est de perdre le consommateur.

Si les systèmes de notation des applis diffèrent, leurs méthodes et algorithmes sont-ils transparents pour les industriels dont elles notent les produits ?

E. T. : Pas toujours. Or les consommateurs et les marques sont en droit de connaître les partis pris à la base de ces méthodes. C’est aussi ça, la transparence. Au-delà, il convient également de s’assurer que les systèmes de notation s’appuient sur des bases scientifiques solides. Les applications sont un formidable outil de transparence et de pédagogie. Mais il faut être extrêmement vigilant sur la rigueur scientifique des classifications que ces applications opèrent, car elle n’est pas toujours garantie. C’est d’autant plus nécessaire que ces applications apparaissent comme des tiers de confiance pour les consommateurs, qui remettent rarement en question la note proposée.

Expérimentation nationale avec l’Ademe

Avez-vous constaté des erreurs de données dans certaines applications ? Les données qui s’y trouvent sont-elles suffisamment fiables et mises à jour ?

E. T. : Les données qui se trouvent sur ces applications comportent beaucoup d’erreurs, principalement liées au fait qu’elles ne se sourcent pas toujours auprès des marques elles-mêmes. Il reste également un travail à faire dans beaucoup d’entreprises alimentaires, notamment les plus petites, souvent peu matures dans la gestion des données produits, pour améliorer la qualité des informations digitalisées : elles sont gérées dans de multiples systèmes qui ne sont pas toujours interfacés, et sans gouvernance claire.

Les informations sur l’impact environnemental des produits sont de plus en plus demandées par les consommateurs ; comment anticipez-vous cette attente ?

E. T. : Elle est parfaitement légitime. Les pouvoirs publics prévoient d’ailleurs la mise en place d’un système d’affichage environnemental pour l’ensemble des denrées alimentaires dès 2023. Nous attendons les choix méthodologiques qui seront faits par les autorités, mais le groupe ne reste pas inactif sur le sujet. À travers notre fédération professionnelle Atla (Association de la transformation laitière française) dont j’assure la coprésidence, nous avons participé à l’expérimentation nationale pilotée par l’Ademe, pour contribuer au débat. Nous avons fait des propositions de méthodologie et testé ce que pourrait être un affichage environnemental sur plusieurs produits de nos adhérents, dont des fromages, beurres et crèmes de Savencia, qui porte par ailleurs des ambitions fortes sur la réduction globale de notre empreinte environnementale.

Indispensable NumAlim

Le secteur agroalimentaire compte 17 000 entreprise, dont 98 % de PME ou TPE : des applications d’information peuvent-elles être exhaustives ?

E. T. : Cela n’est pas impossible, mais en tout cas cela suppose d’aider ces PME et TPE à digitaliser leur informations produits, pour qu’elles puissent les mettre à disposition de ces applications. Elles n’en ont pas forcément les compétences et les ressources. C’est pourquoi des initiatives comme NumAlim sont importantes.

Qu’attendez-vous du développement de la plateforme NumAlim-UniversAlim ?

E. T. : Nous en attendons beaucoup. D’abord pour mettre à disposition de l’écosystème en libre accès des données produits dématérialisées fiables et exhaustives. Ensuite pour progressivement enrichir ces données produits au-delà de celles qui figurent sur l’emballage avec des informations complémentaires, par exemple RSE. Enfin UniversAlim permet d’instaurer le dialogue entre toutes les parties prenantes autour des données produits. Aujourd’hui, chaque acteur rivalise dans l’information qu’il communique aux consommateurs, mais cela se fait à leur détriment, car cela crée une cacophonie, souvent anxiogène, où le consommateur peine à se retrouver. L’intérêt de NumAlim est de permettre à tous d’avancer ensemble de façon cohérente et rationnelle, grâce à une gouvernance collective, puisqu’y participent administration, opérateurs économiques, associations de consommateurs, etc.

[1] Plateforme-numalim.fr.

Propos recueillis par François Ehrard et Gilles Pacault

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