Bulletins de l'Ilec

Critère de parité

le 26/12/2016

Sous le vocable « collaboratif », il y a lieu de ne pas confondre coopération asymétrique et échange entre pairs. Entretien avec Florence Benoit-Moreau, maître de conférences en sciences de gestion, Paris-Dauphine

Depuis quand parle-t-on de consommation collaborative? Pourquoi émerge-t-elle maintenant?

Florence Benoit-Moreau : Le terme est ancien, il remonte aux années 1960, mais on en parle vraiment depuis 2010, depuis les analyses de Rachel Botsman et Roo Rogers dans leur livre What mines its yours. How collaborative consumption is changing the way we live. Si les pratiques étudiées sont anciennes, liées au cercle d’amis, et au principe de solidarité, elles prennent aujourd’hui une autre dimension avec les plates-formes numériques et les entreprises qui servent d’intermédiaires. Nous ne sommes plus, ici, devant des liens de solidarité entre des gens qui se connaissent bien. Ces liens peuvent être maintenant financiarisés. C’est d’ailleurs ce qui met à mal l’expression anglo-saxonne «sharing economy» ou économie du partage, car elle présente une vision idéalisée et altruiste de cette nouvelle forme d’échange.

Dans quelle catégorie entre le travail du consommateur avec la marque?

F. B-M. : Les frontières avec l’économie collaborative sont un peu floues. Je définis une activité comme collaborative quand elle s’exerce entre pairs. Le travail du consommateur avec une entreprise devient coproduction ou participation, qui peut être mineure ou majeure selon ce qui lui est demandé, mais ici, on sort du système pair à pair. Dans l’économie dite collaborative, il faut bien faire la part de la participation du client, ou coproduction avec l’entreprise, et de de l’univers du pair à pair.

Comment s’y décline l’action des consommateurs?

F. B-M. : On peut distinguer deux types d’actions dans l’univers du pair à pair. Le premier concerne le consommateur quand il devient commerçant en échangeant, en achetant, en louant ou en prêtant des biens matériels. Les modèles économiques se développent grâce à Internet : LeBonCoin bien-sûr pour l’achat-vente, mais aussi Videdressing, Vestiairecollective.com, OuiCar pour les voitures ou des sites comme Mutum ou Peerby pour le prêt. Les consommateurs peuvent s’abstraire du commerçant traditionnel. Deuxième activité : le consommateur devient travailleur quand il vend des compétences qu’il peut financiariser ou troquer (Accorderie.fr, ou la plate-forme Zelpus).

Propos recueillis par J. W.-A.

Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure expérience sur notre site. Si vous continuez à utiliser l'utiliser, nous considérerons que vous acceptez l'utilisation des cookies.