Bonnes pratiques

Mars, cap sur la santé mentale

18/06/2026

Mars développe une approche holistique de la santé mentale, avec des indicateurs qui lui sont propres, une réflexion sur les métiers d​‌’avenir et le rôle de l​‌’IA, et pour règles d​‌’or : le sens, la confiance et le Concept de l​‌’Associé. Entretien avec Sophie Cardot, Directrice des Ressources Humaines chez Mars

En 2025, le gouvernement a fait de la santé mentale une Grande Cause nationale. Cette reconnaissance a-t-elle été un déclencheur pour Mars, ou le groupe en fait-il une priorité depuis plus longtemps ?
Sophie Cardot : La Grande Cause nationale 2025 est venue valider et amplifier un engagement que Mars porte depuis longtemps. Ce n​‌’est pas un sujet nouveau pour nous. Depuis des années, nous investissons dans le bien-être et le développement personnel de nos collaborateurs, dans le cadre d​‌’une culture d​‌’entreprise structurée autour de trois piliers : nos Cinq Principes (Qualité, Responsabilité, Mutualité, Efficacité, Liberté), notre Purpose - « le monde que nous voulons demain dépend de la façon dont nous agissons aujourd​‌’hui » - et notre Concept de l​‌’Associé, qui reconnaît à chacun le droit d​‌’être pleinement lui-même et de s​‌’exprimer librement. La reconnaissance gouvernementale de 2025 nous offre l​‌’opportunité d​‌’accélérer et de partager ce que nous avons appris.

« Ne pas laisser une partie de soi à la porte » : c​‌’est votre conviction. Mais comment distinguez-vous ce qui relève de la sphère familiale de celle de l​‌’entreprise ?
S. C. : Cette formule ne signifie pas que les limites disparaissent. Elle signifie : reconnaître que la personne entière vient travailler - avec ses responsabilités familiales, ses défis personnels, ses centres d​‌’intérêt - et créer un environnement où cette réalité est acceptée et soutenue. C​‌’est sur cette acceptation que reposent nos programmes d​‌’assistance et nos politiques de flexibilité.

Au-delà des trois indicateurs classiques - bore out, brown out, burn out - Mars a développé ses propres outils de mesure. En quoi consistent-ils ?
S. C. : Nous mesurons bien sûr les signes classiques d​‌’épuisement professionnel, mais notre enquête annuelle MAS (Mars Associate Survey) nous permet d​‌’aller plus loin : engagement émotionnel et sentiment de contribution, capacité à innover et à prendre des risques, qualité des relations au travail, sentiment de communauté et de confiance, équilibre vie professionnelle et personnelle perçu, capacité à gérer le changement. Ces indicateurs, croisés avec des données RH objectives - turnover, absentéisme, mobilité interne -, nous donnent une image plus fidèle de la santé réelle de nos équipes.

Comment prévenez-vous les risques de management toxique ?
S. C. : Notre approche est systémique et engage chaque niveau de l​‌’organisation. Nos managers suivent le programme Great Line Manager, complété régulièrement par des modules sur les risques psychosociaux. Nos Associés bénéficient également de formations RPS (risques psychosociaux) pour identifier les situations problématiques et savoir vers qui se tourner. Notre service de santé au travail - avec un médecin coordinateur interne et du personnel présent sur chaque site - mène des actions de prévention proactives. Nous cultivons par ailleurs une « speaking up culture » : chacun peut signaler une situation sans crainte de représailles. Nos Institutions Représentatives du Personnel sont impliquées dans notre démarche globale de Qualité de Vie et des Conditions de Travail. Et nos Cinq Principes posent un cadre éthique clair : chaque manager est responsable non seulement de la performance de son équipe, mais aussi de l​‌’environnement dans lequel elle évolue.

La montée en puissance de l​‌’IA conduit-elle Mars à repenser les métiers d​‌’avenir et les parcours de carrière ?
S. C. : Chez Mars, notre conviction est que l​‌’IA n​‌’est pas une menace pour l​‌’emploi, mais une chance de le rendre plus intéressant et d​‌’avoir plus d​‌’impact. Nous avons déployé l​‌’accès à Gemini, la technologie de Google, à l​‌’ensemble de nos Associés dans le monde - un investissement majeur pour nous. Concrètement, cela se traduit par des formations pour développer l​‌’usage de l​‌’IA comme partenaire collaboratif, et par une réflexion active sur l​‌’évolution des compétences et des parcours.

Quels dispositifs concrets proposez-vous à vos collaborateurs ?
S. C. : Notre Programme d​‌’Assistance aux Associés (AAP) donne accès à des psychologues, coachs, médiateurs et conseillers juridiques et financiers pour tout Associé confronté à une difficulté, personnelle ou professionnelle. Il est complété par la Mars University - budget de formation deux fois supérieur à l​‌’obligation légale -, le Mars Volunteer Program, le programme Dog@work, dont les bénéfices sur le bien-être au travail sont documentés, et les Associate Resource Groups (ARG), espaces de parole et d​‌’appartenance pour toutes les communautés. Ces dispositifs ne relèvent pas d​‌’un département unique : ils engagent une co-responsabilité entre RH, médecine du travail, management et Associés eux-mêmes. 

Comment conciliez-vous la raison d​‌’être de l​‌’entreprise avec celle de vos collaborateurs ?
S. C. : Notre raison d​‌’être - « le monde que nous voulons demain dépend de la façon dont nous agissons aujourd​‌’hui » - donne un cap qui transcende la performance financière. En tant qu​‌’entreprise familiale de dimension mondiale, notre responsabilité ne s​‌’arrête pas à nos portes : elle s​‌’étend aux communautés dans lesquelles nous sommes implantés et aux filières que nous faisons vivre. Notre raison d​‌’être est nourrie par tout ce qui permet à chaque Associé de se sentir acteur, et non exécutant : l​‌’AAP, les ARG, la Mars University.

Détectez-vous les profils à risque dès le recrutement ?
S. C. : Notre approche vise à construire un environnement dans lequel chacun peut s​‌’épanouir, plutôt qu​‌’à « sélectionner » des profils à risque - ce qui serait à la fois inexact et contraire à notre engagement pour la diversité. Le Concept de l​‌’Associé est en lui-même un acte de santé mentale : il combat le sentiment d​‌’invisibilité, le manque de sens et la perte d​‌’autonomie.

Vos classements employeur ont-ils une utilité au-delà de la communication externe ?
S. C. : Ils ont une double valeur. En externe, ils valident notre engagement auprès des candidats - notre quatrième place dans le secteur agroalimentaire au classement Capital 2026, notre sixième place au LinkedIn Top Companies 2025, notre seconde place au Top Happy Trainees 2026 sont autant de preuves tierces. En interne, ils renforcent la fierté d​‌’appartenance : les Associés voient que leur entreprise est reconnue pour ce qu​‌’elle fait pour eux.

Mars peut-il servir de modèle à d​‌’autres secteurs ?
S. C. : La santé mentale est un enjeu universel qui dépasse les frontières sectorielles. Si Mars peut montrer qu​‌’il est possible de construire une culture de bien-être solide et cohérente, alors ce modèle peut inspirer d​‌’autres contextes. Nous le faisons en étant transparents sur ce qui marche, mais aussi sur ce qui reste à construire.

Propos recueillis par Jean Watin-Augouard

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