Affichage environnemental : démarrage de tests grandeur nature
06/10/2026
Le chantier de l’affichage environnemental des produits alimentaires entre dans une phase opérationnelle. Le Collectif En Vérité, qui regroupe aujourd’hui 60 marques ainsi que des coopératives agricoles, un distributeur et plusieurs soutiens, appelle industriels, distributeurs, producteurs, chercheurs et associations à participer aux prochaines expérimentations consacrées au coût environnemental des aliments.
Derrière cet appel se dessine surtout la prochaine étape du dispositif : déterminer si un indicateur environnemental peut effectivement devenir un critère utilisé lors de l’achat. Jusqu’à présent, une grande partie des travaux a porté sur la construction et la validation de la méthode. Les travaux de précision sont toujours en cours, afin de tenir compte des données précises des industriels. Les expérimentations annoncées doivent confronter cet outil au fonctionnement réel du marché.
De l’intention au comportement d’achat
L’un des principaux chantiers consistera ainsi à mesurer la façon dont les consommateurs utilisent effectivement cette information. Le Collectif En Vérité prévoit des tests destinés à évaluer à la fois la compréhension et la crédibilité du coût environnemental, notamment dans des conditions réelles d’achat associant plusieurs marques. Objectif : vérifier si l’intérêt déclaré pour davantage de transparence environnementale se traduit par la consultation de l’indicateur pour comparer les résultats issus d’études déclaratives avec les comportements effectivement observés.
Restera aussi à déterminer comment présenter l’information. Les expérimentations porteront sur les formats d’affichage susceptibles d’être les plus lisibles et les plus utiles en situation d’achat. Les premières maquettes réalisées serviront à recueillir les réactions des consommateurs et des différentes parties prenantes. À ce stade, il ne s’agit donc pas du lancement commercial d’un nouveau logo environnemental sur les emballages.
Affiner les scores
Un deuxième chantier porté par l’ADEME, travaille sur les données utilisées pour calculer le coût environnemental. Les entreprises participantes vont chercher à intégrer davantage d’informations provenant directement de leurs filières d’approvisionnement et de leurs sites de production. L’objectif est de mesurer ce que changent ces données spécifiques par rapport aux valeurs de référence actuellement disponibles. Les informations étudiées pourront notamment concerner les pratiques agricoles, la logistique ou les procédés industriels. L’enjeu affiché est de mieux faire apparaître dans le résultat final les différences liées aux pratiques effectivement mises en œuvre par les entreprises et leurs fournisseurs. Ainsi, au sein d’une même catégorie, deux références pourraient être mieux différenciées.
Actuellement, la méthode s’appuie notamment sur les bases de référence Ecobalyse et Agribalyse. Mais elle ne se limite pas aux seules émissions de carbone : le dispositif prend également en compte des paramètres relatifs à l’origine des matières premières, aux pratiques agricoles et à la biodiversité. Parmi les éléments mentionnés figurent les pratiques d’élevage et de culture, les transports et distances parcourues, la distinction entre agriculture biologique et conventionnelle ainsi que des critères tels que l’écotoxicité, les haies, la taille des parcelles, les rotations de cultures ou les prairies.
Les pionnières sont…
La phase expérimentale réunit quatre marques – Bjorg (voir ci-dessous), Les Compagnons du Miel, Lobodis et Panzani – ainsi que Carrefour. Au début de l’été, quelques semaines après la validation de la méthodologie et la conception des premières maquettes, ont été testés une boisson d’avoine bio de Bjorg, un pot de miel français de la Compagnie du Miel, des pâtes françaises Panzani, des yaourts Carrefour…
Cette accélération a été permise par l’annonce, le 13 mai dernier, par l’Ademe et le ministère de la Transition Ecologique de la méthodologie du coût environnemental alimentaire. En a résulté un référentiel commun destiné à calculer les impacts environnementaux selon des règles harmonisées. Désormais, la coalition menée par En Vérité visera à rendre les calculs progressivement plus spécifiques aux produits et aux filières ainsi qu’à tester les différentes formes possibles d’affichage en conditions réelles.
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Questions à…
… Benoît Dadolle, directeur général de Bjorg. 
Comment réagissez-vous à l’émergence d’un étiquetage environnemental ?
Benoît Dadolle : Chez Bjorg, nous pensons qu’il est essentiel d’aider les Français à faire le lien entre ce qu’ils mangent et l’impact de leur alimentation sur l’environnement. C’est ce que nous avons récemment fait avec notre édition limitée de boisson à l’avoine, qui mettait en avant une empreinte carbone inférieure de 65 % à celle du lait demi-écrémé. Nous nous réjouissons aujourd’hui de voir émerger un affichage public qui va plus loin que le seul climat et qui intègre aussi la biodiversité et la pollution des écosystèmes.
Pouvez-vous préciser les conditions dans lesquelles Bjorg participe à ce test mené par le collectif En Vérité ?
B.D. : Comme notre approche est cohérente avec le Planet-Score, notre affichage est présent sur l’ensemble de nos emballages. Dans un premier temps, nous prévoyons de partager ces informations sur nos supports digitaux.
L’Ademe va travailler sur des niveaux de méthodologie plus affinés : comment comptez-vous contribuer à ce travail ?
B.D. : Pour nous, la priorité aujourd’hui est déjà de construire un niveau 1 (coût environnemental sans ACV) robuste. Notre rôle dans cette phase pilote est d’aider à améliorer les bases de données utilisées pour calculer le coût environnemental. Certaines matières premières bio restent encore insuffisamment documentées : c’est par exemple le cas du sucre de canne bio qui n’y figurait pas. Nous souhaitons également contribuer aux niveaux plus avancés de la méthodologie, en considérant les pratiques agricoles spécifiques. Nous avons développé un programme d’agroécologie sur une base 100 % bio qui vise à améliorer l’impact environnemental de nos produits à travers des pratiques agricoles telles que les rotations longues et diversifiées des cultures ou, encore, la présence de haies ou de mares. L’enjeu est de pouvoir valoriser ces efforts supplémentaires.
Comment la comparabilité des produits selon le coût environnemental pourra-t-elle être rendue possible, notamment dans votre catégorie de produits ?
B.D. : Le consommateur doit pouvoir situer facilement un produit par rapport à d’autres produits de la même catégorie, mais aussi par rapport à d’autres choix alimentaires du quotidien. Dans notre catégorie, les écarts peuvent être significatifs.Par exemple, notre boisson à l’avoine bio présente un coût environnemental environ deux fois inférieur à celui d’une boisson à l’avoine non bio, et plus de trois fois inférieur à celui du lait. L’objectif n’est pas de dire aux consommateurs quoi choisir, mais de leur donner des repères clairs et fiables pour qu’ils puissent faire des choix plus éclairés. C’est cette lisibilité qui fera la force de l’affichage environnemental.