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PFAS : pile tu paies, face tu attends

14/04/2026

Une loi votée, un principe acté, une taxe... repoussée. Encore.

Les PFAS — substances per- et polyfluoroalkylées, dites "polluants éternels" — portent bien leur surnom. Quasi indestructibles, elles s​‌’accumulent dans les sols, les eaux, les aliments et, au bout de la chaîne, dans le corps humain. Cancers, troubles de la fertilité, atteintes immunitaires : le bilan sanitaire est établi. La loi Thierry, promulguée en février 2025, avait posé un principe simple : les industriels qui rejettent ces substances dans l​‌’eau s​‌’acquittent d​‌’une redevance de 100 euros pour 100 grammes. Le pollueur paie, l​‌’argent finance la dépollution. Sobre, lisible, bienvenu.

Le principe pollueur-payeur, c​‌’est l​‌’idée que celui qui génère la pollution contribue à sa réparation — et non le contribuable ou l​‌’abonné à l​‌’eau du robinet. Des captages d​‌’eau potable ferment les uns après les autres dans les Ardennes, les Vosges, la Meuse. Les coûts de dépollution explosent pour les collectivités locales, qui n​‌’ont ni les moyens ni la vocation d​‌’absorber seules ces charges. La redevance devait justement abonder les agences de l​‌’eau. Montant estimé par le ministère de la Transition écologique en octobre 2025 : environ 21 millions d​‌’euros par an.

Or le dispositif accroche — non sur le fond, mais sur la forme. Matignon stoppe les consultations en janvier, réclamant davantage de "visibilité" et de "sécurité juridique" avant toute mise en œuvre. Le décret était pourtant finalisé. La liste des substances à surveiller s​‌’est entre-temps élargie, impliquant de nouvelles campagnes de mesure sur des sites jusqu​‌’ici non concernés. Les méthodes d​‌’analyse restent à harmoniser. Bref : la mécanique réglementaire a pris du retard sur l​‌’ambition législative. (Ça arrive.)

Le Premier ministre retient finalement la date du 1er septembre 2026 — ce qui réduit d​‌’au moins 15 millions d​‌’euros les recettes attendues pour financer la dépollution des eaux. Ce manque à gagner ne s​‌’évapore pas : il se reporte sur les budgets des collectivités, et in fine sur la facture des ménages. Les sites les plus contaminés se trouvent souvent dans des zones habitées par des foyers modestes — le sujet de justice sociale n​‌’est pas mince.

Le Gouvernement assure que l​‌’objectif d​‌’incitation reste intact, et que les industriels investissent déjà dans des procédés de réduction des rejets. C​‌’est encourageant — et c​‌’est précisément ce que le dispositif devait produire. Il reste que plus la mise en œuvre tarde, plus les collectivités avancent seules des frais que la loi avait vocation à mutualiser. Un principe ne vaut que par son calendrier.

Les PFAS sont éternels. Les budgets des agences de l​‌’eau, un peu moins.

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