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Transition écologique : la filière alimentaire face à une facture mal répartie

03/04/2026

La revue sectorielle publiée par le Secrétariat général à la planification écologique le 30 mars 2026 le confirme : la transition écologique de l​‌’agriculture avance, mais à un coût réel que personne n​‌’a sérieusement entrepris de répartir. En aval de la filière, les industriels de marques financent leur part. La grande distribution, elle, refuse d​‌’en prendre la moindre.

La transition écologique de la filière alimentaire a un coût. Pas une abstraction comptable, pas un engagement de communication : un coût réel, documenté, qui se dépose à chaque maillon de la chaîne — de l​‌’exploitation agricole à l​‌’usine agroalimentaire — et qui pèse, concrètement, sur les conditions d​‌’investissement, les marges et la compétitivité des acteurs qui le supportent.

La revue sectorielle du Secrétariat général à la planification écologique, publiée le 30 mars 2026, en donne la mesure pour l​‌’amont. L​‌’agriculture française — premier secteur consommateur d​‌’eau douce, avec 66 % des prélèvements, et à l’origine de 20 % des émissions nationales de gaz à effet de serre — est engagée dans une transformation structurelle profonde : réduction des intrants, couverts végétaux, adaptation variétale, gestion de l​‌’eau. Ces évolutions ont un prix que les exploitations portent en partie, dans un contexte de revenus sous pression et de balance commerciale agroalimentaire en fort recul.

Ce coût ne s​‌’arrête pas à la sortie du champ. Il traverse l​‌’ensemble de la filière industrielle : décarbonation des procédés, réduction de l​‌’empreinte des emballages, reformulation des produits, adaptation logistique. Pour les industriels de marques, l​‌’effort est chiffré. En 2025, leurs hausses de coûts atteignaient 800 millions d​‌’euros, dont 180 millions dédiés aux seuls investissements RSE. Entre 2022 et 2025, l​‌’industrie a absorbé près de 40% des hausses de coûts, soit 2,4 Mds € effacés sur un total de 6,3 Mds € subis. Près de 94 % des entreprises adhérentes à l​‌’Ilec ont investi dans la décarbonation — 45 % de ces montants fléchés vers la réduction de l​‌’empreinte carbone. Le résultat de cet effort, paradoxalement, fragilise leur capacité à continuer : 40 % des entreprises interrogées indiquent que leur maison mère a refusé récemment des projets d​‌’investissement en France, et une sur six envisage de fermer un site de production dans les trois prochaines années.

La question qui s​‌’impose est donc précise : à quel maillon de la chaîne la facture s​‌’arrête-t-elle ? La réponse est connue. Elle s​‌’arrête à la grande distribution. Non parce que les distributeurs seraient exempts d​‌’obligations environnementales — ils en ont, et certaines sont réelles —, mais parce qu​‌’ils refusent systématiquement d​‌’intégrer les coûts de transition dans les négociations commerciales avec leurs fournisseurs. La marge brute de la distribution sur les marques nationales dépasse 40 % en intégrant les accords de services internationaux.

Ce n​‌’est pas une posture de négociation. C​‌’est le refus structurel d​‌’un partage de la valeur que la transition écologique rend pourtant indispensable. La loi d​‌’urgence agricole, que le gouvernement présente en conseil des ministres le 8 avril, ne résoudra rien si elle se borne à traiter l​‌’amont de la filière sans toucher à cet équilibre. Financer la transition écologique de la chaîne alimentaire suppose que chaque maillon en assume sa part. L​‌’agriculture est sous pression. L​‌’industrie investit et absorbe. La distribution, elle, encaisse — et refuse de compter.

MM

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