Filière laitière sous pression : quand l'exogène révèle le structurel
15/04/2026
À peine conclues, les négociations commerciales sur les marques nationales laitières sont déjà dépassées. C’est La Coopération laitière elle-même qui le dit, dans un communiqué du 9 avril : les accords de début d’année, qui s’étaient traduits par des hausses de prix comprises entre 0 et 1,5 % selon les enseignes, ne couvrent plus la réalité des coûts, dégradés par la flambée du gazole non routier, de l’énergie et des emballages consécutive à l’escalade militaire au Moyen-Orient.
Ce n’est pas la première fois que les coopératives laitières se trouvent dans cette position. Ce qui est nouveau, c’est le calendrier : la demande intervient en pleine ouverture des négociations sur les marques de distributeurs, dans un contexte où la rapporteure de la commission d’enquête sénatoriale — Antoinette Guhl — a documenté des pratiques de déréférencement pendant les négociations et des pressions tarifaires contournant la sanctuarisation de la matière première agricole. Les coopératives disent elles-mêmes redouter que les discussions sur les MDD reproduisent le climat de tension qu’elles ont subi sur les marques nationales.
La réponse de la distribution — pas de réouverture, c’est prématuré — est tactiquement cohérente, mais elle ne répond pas à la question de fond : comment absorber un choc exogène brutal quand le système de négociation n’intègre pas, par construction, de clause d’adaptation en cours d’année ? La piste des contrats pluriannuels assortis de clauses de revoyure, défendue par le ministre Papin, montre ici sa faiblesse : comment croire en des systèmes de révision équilibrée de prix pluriannuels quand la prise en compte d’évolutions objectives en cours d’année est refusée par principe ?