Négociations 2026 : ce que les données Circana d'avril ne cachent pas
06/05/2026
Les négociations commerciales 2026 avaient, selon plusieurs déclarations publiques de distributeurs – en particulier Michel-Édouard Leclerc évoquant une hausse des prix en rayon « de 1 à 1,5 % » à l’issue des négociations, reprise par la presse économique - laissé entrevoir une progression modérée mais positive des prix dans les grandes surfaces¹. Les données Circana de la dernière période disponible racontent une tout autre histoire. Et les chiffres de panel, eux, ne se négocient pas².
Sur l’ensemble du périmètre Infoscan Circana, tous circuits confondus, l’inflation à un mois ressort à - 0,2 % en avril 2026, aussi bien sur le total grande distribution que sur le seul périmètre alimentaire². Les marques nationales reculent de - 0,2 % , quand les marques de distributeur n’abaissent leurs prix « que » de - 0,1 % ². L’écart entre les annonces de fin de négociation et la réalité constatée en rayon ne renvoie donc pas à un biais de mesure : il reflète un décalage structurel. Quand les prix baissent après un cycle de négociation censé les avoir relevés, la question de la transparence sur les résultats des accords commerciaux se pose d’elle-même.
Un alimentaire en désinflation diffuse
Sur le périmètre alimentaire, la photographie en avril est cohérente avec les constats institutionnels établis à l’issue des négociations annuelles : le bilan 2026 piloté par le Médiateur des relations commerciales agricoles fait état d’une quasi-stabilité des prix alimentaires en grandes surfaces, avec une variation moyenne de l’ordre de + 0,05 % seulement après la clôture des discussions tarifaires³. Les relevés Circana confirment ce diagnostic.
Il convient toutefois de préciser un point de méthode : le périmètre « Infoscan alimentaire » retenu par Circana intègre le DPH. Pour l’alimentaire au sens strict - épicerie, liquides et frais libre-service - les prix des marques nationales sont quasi stables, à respectivement + 0,1 % , 0,0 % et 0,0 % ². C’est donc bien sur le DPH que se concentre l’essentiel du signal déflationniste de la période.
Dans le détail des rayons alimentaires, l’épicerie affiche une inflation quasi nulle à + 0,1 % , portée principalement par les marques nationales, à des niveaux proches entre épicerie salée et sucrée². Les frais libre-service poids fixe cèdent légèrement à - 0,1 % , tandis que les liquides sont globalement stables, à 0,0 % sur la période². À l’intérieur de ce rayon, les boissons rafraîchissantes sans alcool et les eaux enregistrent des évolutions très modérées et plutôt orientées à la hausse, quand les spiritueux et champagnes sont en léger repli, ce qui contribue à lisser l’ensemble². Cette photographie d’ensemble dessine un alimentaire en désinflation diffuse.
DPH : un angle mort des politiques de suivi
C’est sur le DPH - droguerie, parfumerie, hygiène - que l’écart est le plus prononcé et que se révèle ce que l’on peut qualifier d’angle mort institutionnel. Sur la dernière période publiée, l’inflation mensuelle du DPH s’établit à - 1,2 % tous produits, tous circuits confondus². Dans le détail, les marques nationales reculent de - 1,5 % , tandis que les MDD limitent leur baisse à - 0,2 % et que les premiers prix se redressent légèrement².
Le segment hygiène concentre une partie importante de ce mouvement : à un mois, les prix y diminuent de - 1,5 % en moyenne, avec un recul de - 1,9 % pour les seules marques nationales². Ces niveaux de déflation, observés sur une période courte mais cohérente avec la dynamique de désinflation entamée depuis plusieurs mois sur le DPH, appellent une observation rigoureuse dans la durée².
Or ce rayon échappe largement aux principaux dispositifs publics de suivi et d’analyse des prix et des marges, dont le périmètre se concentre sur les produits agricoles et alimentaires³. Les rapports pilotés par les autorités publiques documentent finement les chaînes de valeur alimentaires, mais ne couvrent pas, à ce stade, les produits d’entretien et d’hygiène avec le même degré de détail³. Ce choix constitue une lacune de gouvernance réelle lorsque les évolutions de prix sur le DPH divergent à ce point de celles observées sur l’alimentaire.
Les industriels du DPH contribuent de façon significative à l’activité industrielle nationale, à la valeur ajoutée et à l’emploi sur le territoire. Leurs produits répondent par ailleurs à des besoins de première nécessité pour les ménages. Ils ne disposent pourtant d’aucun dispositif public de surveillance équivalent à celui existant pour l’alimentaire³. Quand les écarts de prix entre segments atteignent plusieurs points en un mois, l’absence d’instrument de suivi et de concertation spécifique sur ce pan du marché n’est plus une question secondaire : elle conditionne directement la capacité des pouvoirs publics à objectiver les déséquilibres et à y répondre³.
Une déflation en rayon face à des coûts qui ne se replient pas
Cette photographie conjoncturelle intervient dans un contexte macroéconomique qui reste profondément incertain, en particulier sur les marchés de l’énergie et sur certaines matières premières critiques³. Les données officielles sur les prix à la consommation montrent que, si l’inflation globale reflue, les coûts de l’énergie ont connu de nouvelles tensions en 2026, sous l’effet d’une remontée des prix du gaz et de l’électricité pour les entreprises³. Parallèlement, plusieurs analyses soulignent la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement européennes pour des intrants clés - métaux, produits chimiques de base - exposés aux tensions géopolitiques dans certaines zones de production et de transit³.
Sans préjuger de l’issue de ces tensions internationales, il est raisonnable de considérer que, si elles se prolongent ou s’aggravent, elles pourraient peser de nouveau sur les structures de coûts industriels, tant en matières premières qu’en énergie³. Dans ce contexte, la question posée par les données Circana est la suivante : dans quelle mesure une déflation en rayon, qui s’inscrit par ailleurs dans les engagements de pouvoir d’achat mis en avant par les enseignes, est-elle soutenable pour des industriels dont les charges opérationnelles ne refluent pas au même rythme - voire continuent de progresser sur certains postes sensibles³ ?
Les panels de consommation fournissent une mesure robuste de l’évolution des prix effectivement payés par les ménages². Ils objectivent, en creux, la part de la valeur négociée qui est, ou non, répercutée au consommateur². L’analyse de leurs effets sur les équilibres économiques de la filière - marges industrielles, investissements, emploi, capacité d’innovation - reste, elle, largement ouverte³. C’est ce chantier, à l’interface entre politiques de pouvoir d’achat et compétitivité industrielle, que les chiffres d’avril 2026 invitent désormais à traiter sans délai³.