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Agri-Éthique, territoire en expansion

06/02/2026

Inventé pour la rémunération des producteurs agricoles lointains, le commerce équitable se développe dans les échanges intranationaux. Porté par l’origine France, Agri-Éthique domine ce marché, en attirant des marques et en se diversifiant dans la restauration.

Longtemps, le concept de commerce équitable fut assimilé au soin accordé aux conditions de production des matières premières lointaines : cacao, café, bananes, etc. Son pionnier, Max Havelaar et son label Fairtrade imposèrent les règles de juste rémunération des producteurs, de projets collectifs, d’engagements sociaux, notamment pour la scolarisation des enfants… Progressivement, les tensions observées sur le marché national et les difficultés croissantes de l’agriculture française ont encouragé à envisager une approche analogue à l’intérieur de nos frontières.

Au Nord-Sud s’est donc ajouté le Nord-Nord –dimension intégrée par Max Havelaar en France en 2021 –, d’abord timidement puis résolument, à tel point que ce second axe pèse désormais presqu’autant dans les ventes françaises que le premier : selon le baromètre du commerce équitable, le chiffre d’affaires a atteint 2,65 milliard d’euros en 2024, marquant un rebond de 25 % après un plafonnement causé par le Covid, l’inflation et le déclin du bio qui y est souvent assimilé. Alors qu’elles ne pesaient presque rien en 2014, les filières franco-françaises représentent 49 % des ventes, avec une croissance de 65 %. L’année 2014 a connu l’adoption d’une définition légale du commerce équitable avec la loi sur l’Économie sociale et solidaire, quelle que soit l’origine géographique des produits, internationale ou française (en 2021, la loi Climat et Résilience y a ajouté les critères environnementaux).

Agri-Éthique est né dans ce contexte, alors que la volatilité des marchés agricoles devenait la règle, et la paupérisation de bon nombre d’exploitations sa conséquence. C’est en 2013 qu’un collectif d’agriculteurs vendéens a lancé la démarche, avec l’ambition de créer un modèle économique plus juste. Sur quoi repose-t-il ? La contractualisation bien sûr, avec la signature de contrats de filière pluriannuels (trois ans minimum) entre les intervenants (producteurs, premiers acheteurs, transformateurs, etc.). À une condition toutefois : tendre vers une transparence accrue des prix, avec un tarif de matière première construit à partir des coûts de production et un accord commercial engageant à un volume sur cette base. Une « sanctuarisation » que reprendra à son compte la loi Égalim…

Ce mécanisme s’accompagne d’un cahier des charges dont l’application est contrôlée chaque année par l’organisme tiers Certipaq.  Fin 2025, le label Agri-Éthique profite à 4 620 agriculteurs, sur 1 858 exploitations agricoles cumulant 911 millions d’euros de chiffre d’affaires, soit les deux tiers des ventes réalisées par le commerce équitable français. Il figure sur plus d’un millier de produits, commercialisés par 47 filières et 38 marques partenaires.

Une filière animale avec Labeyrie

Agri-Éthique s’étend ensuite à la restauration, particulièrement depuis que la loi Égalim a fixé un quota de 50 % de produits « vertueux » dans les achats des établissements collectifs publics¹.  Des marques commencent donc à l’adopter pour ces circuits, comme Bonduelle ou Andros. Historiquement partie de filières blé – d’où le nombre importants d’entreprises de meunerie ou de boulangerie, dont La Boulangère ou La Fournée Dorée parmi ses adhérentes –, Agri-Éthique diversifie peu à peu son territoire, intégrant des productions animales, comme récemment avec Labeyrie.

Labeyrie Fine Foods était engagée avec Agri Éthique France depuis 2022 dans la filière blé, matière première utilisée pour les blinis des marques Blini et L’Atelier Blini. En 2023, le groupe a étendu la démarche à la filière pois chiche destinée aux houmous des mêmes marques. Désormais cent pour cent certifié, le houmous L’Atelier Blini est la première référence vendue du groupe.

Le foie gras, produit emblématique de Labeyrie, ne pouvait manquer d’entrer dans la démarche Agri-Éthique France. La filière canard, construite depuis 2001 en partenariat avec la coopérative Lur Berri et déjà solidement structurée, offrait un socle idéal pour cette évolution. Déjà 35 références arborent le logo ; ce devrait être l’intégralité de la gamme d’ici à la fin de l’année en principe, avec les autres produits issus de la filière canard gras : magrets fumés, confits, viandes élaborées, etc. 

« Agri-Éthique a validé une méthode que nous avions mise en place depuis longtemps pour le canard, explique Gaëlle Ouari, directrice RSE, communication et stratégie des marques de Labeyrie Fine Foods :  engagement sur plusieurs années avec les éleveurs, contractualisation, adaptation et indexation régulière, principe de juste rémunération et intégration structurée des enjeux de bien-être animal. » Autrement dit, le label a reconnu et formalisé des pratiques existantes dans cette filière. En revanche, ses normes étaient relativement nouvelles pour les pois chiches et blé. «  L’intégration du label, poursuit Gaëlle Ouari, nous a conduits à changer profondément notre façon de travailler, avec des contrats pluriannuels, des engagements de volume et une révision des prix d’achat en fonction des récoltes et d’indices de référence. »

Reste l’éternelle question du surcoût induit par ces exigences supplémentaires, particulièrement pour le revenu des agriculteurs : le consommateur est-il prêt à le payer, au-delà de ses déclarations aux sondeurs ? « Nous espérons que cela jouera comme levier de préférence, répond Gaëlle Ouari. Le label garantit une matière première française, transformée en France, avec une transparence renforcée. C’est clairement un élément de différenciation pour nos marques. Face à des produits fabriqués dans d’autres pays européens, parfois commercialisés en MDD, nous défendons l’emploi en France et la création de valeur sur le territoire. » Quoi qu’il en soit, une fois la totalité de la viande de canard certifiée, Labeyrie s’intéressera à d’autres matières premières entrant dans ses recettes.

La restauration collective avec Nova

Autre marché avec Andros Food Service, qui a lancé une vaste gamme laitière équitable sous sa marque Nova destinée à la restauration hors domicile. Sa relation avec les éleveurs a été certifiée par Agri-Éthique France. Il se trouve que la restauration collective a des difficultés à atteindre l’objectif de « 50 % de produits durables » dans son offre de desserts ultra-frais ; elle a un besoin accru de produits de qualité labellisés. Or Agri-Éthique est un label équitable reconnu Égalim et qui certifie aussi l’origine française des matières premières. Par ailleurs, la filière laitière est l’une des plus sujettes à la volatilité des cours : les partenariats contractualisés y sont donc particulièrement bienvenus. En 2024, la branche ultra-frais du groupe Andros en a signé un avec l’Association des producteurs de lait pour le bien collectif (APBLC) pour garantir des prix transparents et des volumes sur une durée de cinq ans. Marco Mandrillo, responsable marketing chez Andros Food Service explique l’apport spécifique du label : « Le lait certifié Agri-Éthique bénéficie d’une prime supplémentaire, pour une valorisation encore meilleure du litre de lait. Elle est reversée le mois suivant la ventes de produits finis qui portent la certification Agri-Éthique, convertis en litres de lait selon des facteurs audités par les commissaires aux comptes. »

Cette année, Nova lance une gamme de trente-trois références sous le label Agri-Éthique, auxquelles s’ajoutent vingt et une références bio. Un volet environnemental concerne les engagements spécifiques à la filière laitière. Les producteurs de l’APLBC sont certifiés également « CA2ER niveau 2 » (outil d’évaluation de l’Institut de l’élevage) ainsi que Boviwell pour le bien-être animal.

Le label pourrait-il être étendu à d’autres produits, d’autres ingrédients, sans parler de produits grand public ? « Le lait est l’ingrédients principale de nos produits. Nous verrons par la suite ce qu’il sera possible de faire, répond Marco Mandrillo. Une fois la certification en place, il est tout à fait envisageable de l’élargir à d’autres produits. Mais nous avons déjà labellisé 37 % de notre gamme Nova. Avant d’aller plus loin, nous attendons l’accueil de nos clients. »

1. Cf. « Hors-domicile : transition en mal de financement », Ilec, janvier 2026.

Benoît Jullien (Icaal)

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