Vie des marques

Pyrex résistant aux chocs depuis cent ans

15/07/2026

Dépendante de l’énergie dans la fabrication de ses plats incassables iconiques, Pyrex entend réduire ses émissions de CO2 pour ne dépendre à terme que de l’électricité et de l’hydrogène. Objectif : 2035.

Pyrex ! Il suffit de prononcer ce mot pour qu’immédiatement vienne à l’esprit le fameux plat à tarte en verre trempé du même nom pouvant aller au four ! Huit foyers français sur dix possèdent un plat ou une boite hermétique en verre Pyrex dans son placard. 

Verre incassable, Pyrex doit son origine à Otto Schott, chimiste allemand qui met au point en 1882 les premiers verres capables de résister à de brusques variations de température sans se briser et destinés aux lampes de chemin de fer. A base de borax, ou oxyde de bore, ce verre résiste aux chocs thermiques (froid et chaud). Il faut attendre 1913 pour que Eugene C. Sullivan, premier directeur de la recherche au sein de la société américaine Corning Glass Works, et son adjoint William C. Taylor mettent au point le Nonex, (pour non-expansion glass), un verre borosilicate qui résiste à des températures extrêmes, de -40°C à +300°C, ainsi qu’à des chocs thermiques pouvant aller jusqu’à 220°. Contenant du plomb, il ne pouvait être utilisé pour des usages alimentaires. Jessie T. Littleton, ingénieur dans la même entreprise depuis 1913, va, sur les souhaits de sa femme Bessie qui se lasse de voir ses plats se fissurer à la cuisson, inventer un nouveau verre borosilicate qui ne contient pas de plomb. En 1915, la marque Pyrex est alors créée. Selon le Robert, le nom Pyrex, déposé en 1937, aurait été formé sur le mot anglais pie, « gâteau », par l’entreprise de verrerie américaine Corning qui le fabriquait alors. Initialement, elle s’appelait Pyright, car sa première application était un moule à gâteau (pie plate). Le nom s’est transformé en Pyrex afin que le nom rime avec Nonex avec la racine grecque pyr-, en référence à la chaleur.

En France, dès 1921

Preuve de sa solidité, Pyrex, centenaire, a traversé le temps en résistant, non seulement aux chocs physiques mais aussi aux crises économiques, aux conflits, au changement de gouvernance. Dès 1920, Corning Glass Works part à la conquête de l’Europe et s’associe à Saint-Gobain en 1921 pour créer la société Le Pyrex, en charge de fabriquer et de vendre les produits en France à Bagneaux-sur-Loing en Seine et Marne (77), puis à Châteauroux (Indre) depuis 1970 où est implantée la seule usine aujourd’hui européenne. Les droits de fabrication et de commercialisation pour l’Europe ont été achetés, en 1994, par la société Newell Rubbermaid. Pyrex passe aux mains d’Arc International en 2005 qui devient en 2014, Arc International Cookware dont le siège social est toujours situé à Châteauroux. À la suite de l’acquisition, fin janvier 2021, de Duralex, le groupe change de nom en 2022 pour La Maison Française du Verre. Elle possède la licence de la marque pour l​‌’Europe, le Moyen-Orient et l​‌’Afrique.

L’air du temps

L’entreprise s’adapte à l’air du temps en prenant en compte les contraintes environnementales. 95% des matières premières sont d’origine locale et 80 % de la composition du verre est du sable. Depuis 1998, 95 % des eaux de refroidissement sont recyclées et la totalité des débris de verres (le calcin), est refondue pour entrer dans la « recette » du verre. 60 % des déchets plastiques et cartons sont triés et récupérés. Dans un secteur particulièrement énergivore, la question du coût de l’énergie est devenue centrale. Engagée dans la stratégie de décarbonation, Pyrex mise sur une technologie hybride associant gaz et électricité (65 %) dès 1998. Grâce à l’hybridation de son four verrier, la marque a réduit ses émissions de CO₂ de 60 % en 30 ans. Elle va consacrer 9 millions d​‌’euros à l​‌’achat, en 2027, d​‌’un nouveau four hybride destiné à réduire encore sa consommation énergétique. Ce four - le plus grand four de verre borosilicate au monde, haut de plusieurs étages qui fonctionne 24h/24 et sort 44 millions de plats tous les ans -, fonctionnera à 80 % à l​‌’électricité et permettra d​‌’économiser 9.000 MWh par an, soit l​‌’équivalent de la consommation d​‌’une commune de 2.000 habitants. Cela permet d’être moins dépendant des cours du gaz à l’international. A l​‌’horizon 2035, l​‌’entreprise envisage de supprimer toute émission directe de CO2 en remplaçant le gaz par du biogaz ou de l​‌’hydrogène. « Un vrai engagement citoyen car nous sommes une industrie polluante, c’est donc un mieux disant », précise Géraldine Fiacre, président directrice générale du groupe La maison française du verre.

Comprendre l’air du temps c’est également s’adapter aux nouvelles tendances de consommation auxquelles l’entreprise répond en développant des nouveaux modèles [1]. A partir de 2004, Pyrex ajoute à ses iconiques plats en verre, des plats en métal, en céramique, des poêles et des casseroles. La marque est labellisée Origine France Garantie depuis 2017. « Le label made in France permet de promouvoir à l’exportation non seulement la qualité et le savoir-faire mais également la cuisine à la française » souligne Mélanie Le Branchu, directrice marketing France et Benelux. Lancée en 2025, la gamme de plats pour les Air Fryers [2] s’est vendue à 1,2 million d’exemplaires dans 54 pays. Les poignées amovibles sont ajoutées en 2026 pour en faciliter l’usage. C’est sans les PFAS tant redoutés et sous le nom d’Asimetria qu’une nouvelle gamme de plats en métal propose une poignée en silicone, et revêtement sans PFAS. Pour lutter contre l’obsolescence des produits, Infinity, gamme de poêles et casseroles en inox avec poignées amovibles, est garantie à vie.

Pour les zones où elle n​‌’a pas la licence Pyrex - Asie et Etats-Unis -, la Maison française du Verre a créé sa marque propre, ÔCuisine, pour gagner des parts de marché. Autre relais de croissance, le commerce en ligne qui, de 7 % aujourd​‌’hui, devrait représenter 15 % des ventes en 2030, pour un chiffre d​‌’affaires anticipé à 210 millions. Toujours à l’épreuve du…temps.

Quelques chiffres

Pyrex emploie 430 personnes dont 350 en France. Elle exporte les deux-tiers de sa production vers 132 pays et a réalisé en 2025 un chiffre d​‌’affaires de 96 millions d’euros dont 75 % à l’exportation. Une progression de 7 %, dans marché de l​‌’équipement de la maison déprimé.

 

[1] Elle sera à l’origine du premier biberon en verre en 1920, de la boîte de conservation en verre en 1985, du panier vapeur en verre pour le four en 2010, etc.
[2] Contrairement aux méthodes de friture traditionnelles qui nécessitent beaucoup de matière grasse, l​‌’Air Fryer utilise de l​‌’air chaud circulant à grande vitesse pour cuire les aliments de manière uniforme.

 

 

Jean Watin-Augouard

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