Labeyrie, aller toujours plus loin
29/07/2026
La durabilité est devenue un axe stratégique majeur pour l’agroalimentaire. Chez Labeyrie Fine Foods, vous avez fait le choix de placer la labellisation des matières premières au cœur de votre démarche. Pourquoi ce parti pris ?
G O.-B.-Bourdon : Notre engagement est très clair : nous voulons que 100 % de nos matières premières stratégiques soient labellisées ou en cours de labellisation. C’est un objectif structurant parce que, dans nos métiers, la qualité de la matière première est déterminante. Nous travaillons essentiellement sur des produits peu ou faiblement transformés. Qu’il s’agisse du saumon, du foie gras, des crevettes ou encore de certaines références végétales, tout commence par l’origine et la qualité de l’ingrédient. La labellisation constitue donc un repère essentiel. Elle traduit un niveau d’exigence que nous nous imposons et nous permet d’inscrire notre action dans une logique de progrès continu.
Vous privilégiez uniquement les labels déjà connus des consommateurs ?
G.O.-B. : Pas exclusivement. Nous travaillons selon deux approches complémentaires. La première consiste à nous appuyer sur des certifications reconnues, dont la crédibilité est déjà bien installée auprès du grand public. Nos crevettes Delpierre sont par exemple certifiées ASC (Aquaculture Stewardship Council), notre cabillaud bénéficie du label MSC (Marine Stewardship Council) et nous développons également la certification Rainforest Alliance sur les avocats utilisés dans les produits Blini. Nous avons également recours à des labels comme Agri Ethique France, qui répondent à des enjeux spécifiques de filière. C’est le cas notamment pour nos pois chiches, qui constituent une matière première importante, mais aussi pour le blé utilisé dans nos blinis ou encore, plus récemment, pour notre filière canard. Enfin, certaines démarches sont propres à Labeyrie Fine Foods. Nous avons développé des cahiers des charges spécifiques, notamment pour le saumon, et toujours avec la validation d’organismes indépendants. L’objectif est de garantir un niveau d’exigence élevé, même lorsque le référentiel n’est pas directement visible par le consommateur.
Justement, tous ces labels ne sont pas forcément connus. La lisibilité est-elle devenue un enjeu en soi ?
G.O.-B. : Oui, très clairement. Nous faisons la distinction entre les certifications qui sont immédiatement identifiables par les consommateurs et celles qui relèvent davantage de notre travail de fond avec les filières. Notre ambition est de rendre les démarches aussi lisibles que possible, parce que nous savons que les consommateurs cherchent aujourd’hui des repères simples. Lorsqu’un label est reconnu, il facilite la compréhension et permet d’exprimer plus directement nos engagements. Mais il existe également des démarches extrêmement importantes qui ne sont pas forcément visibles sur les emballages. Elles n’en sont pas moins essentielles. Elles concernent la manière dont nous sélectionnons nos fournisseurs, dont nous construisons nos filières ou encore dont nous faisons évoluer nos cahiers des charges. Nous essayons donc de conjuguer ces deux dimensions : développer des engagements solides en profondeur et, lorsque cela est pertinent, les rendre compréhensibles pour le consommateur.
Cette logique s’applique également à vos activités en marques de distributeur ?
G.O.-B. : Oui. Lorsque nous travaillons pour les enseignes, nous répondons naturellement aux cahiers des charges qui nous sont demandés. Mais, chaque fois que cela est possible, nous proposons aussi des alternatives intégrant des matières premières labellisées. Notre rôle ne consiste pas seulement à fabriquer un produit conforme à une demande. Nous pouvons également être force de proposition pour faire progresser certaines catégories vers davantage de durabilité. C’est une démarche qui s’inscrit dans le temps. Elle suppose un dialogue permanent avec nos partenaires, mais aussi une capacité à démontrer que ces choix créent de la valeur, aussi bien pour les filières que pour les consommateurs.
Les exigences réglementaires autour des allégations environnementales et sociétales se renforcent. Comment accueillez-vous cette évolution ?
G.O.-B. : Je considère que cela va dans le bon sens. Les allégations liées à la RSE sont devenues un véritable enjeu de préférence consommateur. C’est précisément pour cette raison qu’il est indispensable d’être extrêmement rigoureux. L’exigence supplémentaire imposée aux industriels est saine. Elle nous oblige à progresser, à être plus précis dans ce que nous affirmons et à démontrer concrètement nos engagements. Cela nous conduira probablement à travailler différemment sur certaines catégories de produits, mais je pense que c’est une évolution positive. Tout ce qui favorise davantage de durabilité, davantage de transparence et davantage de clarté pour le consommateur me paraît aller dans la bonne direction. C’est aussi notre responsabilité d’industriel d’accompagner ce mouvement plutôt que de le subir.
Les consommateurs semblent de plus en plus attentifs aux questions de durabilité. Est-ce une évolution que vous observez au quotidien ?
G.O.-B. : Ce que nous constatons avant tout, c’est un intérêt croissant des consommateurs pour ces sujets. Ils souhaitent comprendre davantage ce qu’ils achètent, savoir d’où viennent les produits, comment ils sont fabriqués, dans quelles conditions les matières premières sont produites et selon quels engagements. Les consommateurs sont de plus en plus avertis. Ils nous obligent à être nous-mêmes plus exigeants. C’est une dynamique très vertueuse, parce qu’elle pousse toute la filière à progresser. Finalement, plus ils deviennent experts, plus ils nous incitent à améliorer nos pratiques, à documenter nos engagements et à expliquer ce que nous faisons. Je considère que c’est une évolution extrêmement positive.
Vous mesurez régulièrement la perception de vos marques. Que vous disent vos études consommateurs sur la place des labels ?
G.O.-B. : Nous avons une situation un peu particulière, notamment avec la marque Labeyrie. Ce qui ressort de manière très forte de nos études, c’est que la marque est elle-même perçue comme un label. Les consommateurs nous disent que le simple fait de voir le nom Labeyrie constitue déjà une garantie de qualité. Ils associent spontanément la marque au sérieux, à l’exigence et à une promesse qui a été tenue dans le temps. C’est évidemment une responsabilité importante. Cela signifie que nous bénéficions d’un capital confiance construit au fil des années et que cette confiance nous oblige à aller toujours plus loin dans nos engagements. Autrement dit, nous ne développons pas de nouvelles démarches uniquement parce que le marché l’exige. Nous le faisons aussi parce que notre propre marque crée une attente supplémentaire.
Cette relation de confiance est-elle identique sur l’ensemble de vos marques ?
G.O.-B. : Les situations sont différentes. Sur des marques dont la notoriété est un peu moins forte, les labels jouent un rôle plus visible dans la décision d’achat. Je pense notamment à Blini, pour laquelle nous avons développé la démarche Agri Ethique France. On observe une véritable cohérence entre l’identité de la marque et les attentes des consommateurs autour de l’origine des matières premières, de la transformation en France et plus largement de la souveraineté alimentaire. Le label Agri Ethique France apporte une réponse concrète à ces préoccupations. Il garantit notamment une juste rémunération des agriculteurs français et permet de mieux valoriser les filières locales. Nous voyons que cette promesse est comprise par les consommateurs et qu’elle répond à une attente très forte.
Et concernant le Nutri-Score, comment appréhendez-vous cet outil, notamment pour des produits comme les vôtres ?
G.O.-B. : Le Nutri-Score est un sujet important mais nous l’abordons encore avec prudence. D’ailleurs, certaines de nos marques l’affichent déjà, notamment Blini. Nous poursuivons également cette réflexion sur d’autres marques du groupe. Lorsque nous décidons d’intégrer le Nutri-Score, nous considérons qu’il doit être appliqué de manière cohérente à l’ensemble d’une marque. Ce doit être une démarche globale, pas un choix opportuniste produit par produit. Plus largement, je suis favorable à tout ce qui améliore la transparence et aide les consommateurs à effectuer leurs choix alimentaires en toute connaissance de cause. Communiquer une information claire, explicite et pédagogique va toujours dans le bon sens.
Pourtant, certaines catégories de produits semblent plus difficiles à résumer par une seule notation ? 
G.O.-B. : C’est précisément la question que nous nous posons. Le Nutri-Score apporte une information utile, mais il ne prend pas en compte l’ensemble des caractéristiques nutritionnelles d’un aliment. Prenons l’exemple du saumon fumé. Son évaluation repose en partie sur sa teneur en sel, ce qui est parfaitement compréhensible au regard de la méthode de calcul. En revanche, d’autres éléments nutritionnels particulièrement intéressants, comme les oméga-3 ne sont pas intégrés dans cette évaluation. Cela ne remet pas en cause l’intérêt du Nutri-Score. En revanche, cela montre que certains produits méritent une lecture plus complète de leur contribution nutritionnelle. Nous réfléchissons donc à la meilleure manière d’apporter cette information supplémentaire aux consommateurs.
Comment envisagez-vous cette pédagogie ?
G.O.-B. : Nous travaillons sur une approche qui dépasse le produit pris isolément. Finalement, on ne consomme jamais un aliment seul. Ce qui compte, c’est la place qu’il occupe dans un repas et plus largement dans un équilibre alimentaire. Nous trouvons intéressant d’expliquer, par exemple, comment quelques tranches de saumon fumé associées à une salade, à des lentilles ou à d’autres aliments peuvent constituer un repas équilibré et présenter un véritable intérêt nutritionnel. Cette approche nous paraît plus proche des usages réels des consommateurs. Elle permet de sortir d’une lecture exclusivement centrée sur un produit pour replacer l’alimentation dans son contexte de consommation.
N’est-il pas utopique de produire cette information plus contextualisée ?
G O.-B. : Oui, parce que nous pensons que c’est la meilleure façon d’accompagner les consommateurs. L’objectif n’est pas de contester les outils existants, mais d’enrichir l’information qu’ils apportent. Les consommateurs souhaitent comprendre l’impact de leurs choix alimentaires. À nous de leur donner les clés de lecture les plus justes possible. Cela suppose de parler du produit, bien sûr, mais aussi de son mode de consommation, de sa place dans une alimentation variée et de l’équilibre global des repas. Nous sommes en train de réfléchir à cette manière d’expliquer les choses de façon simple, compréhensible et utile.
Si l’on prend un peu de recul, quel regard portez-vous sur l’évolution générale des attentes des consommateurs ?
G.O.-B. : Je crois que nous assistons à une évolution profonde. Les consommateurs veulent davantage de transparence, davantage d’explications et de preuves. Ils souhaitent comprendre les engagements des entreprises et mesurer leur réalité. Pour nous, cette évolution est extrêmement stimulante. Elle nous pousse à être plus exigeants dans nos filières, plus rigoureux dans nos démarches et plus pédagogues dans notre manière de communiquer. Au fond, c’est un mouvement qui bénéficie à tout le monde : aux consommateurs, parce qu’ils disposent d’une information plus claire ; aux producteurs, parce que leur travail est davantage reconnu ; et aux entreprises, parce qu’elles sont amenées à renforcer leurs engagements. Notre responsabilité est précisément d’accompagner cette évolution en restant fidèles à nos convictions : améliorer continuellement nos pratiques, construire des filières durables et donner aux consommateurs les moyens de faire des choix éclairés.