Tribunes

« Face à l'inflation, soyons TOUS responsables »

25/10/2026

La pression tarifaire exercée par la grande distribution sur les industriels a des conséquences directes : marges contractées, investissements reportés et compétitivité érodée. Cette situation fragilise l​‌’agriculture française et menace à terme notre capacité à produire localement, impactant des milliers d​‌’emplois sur le territoire.

Près de neuf fois sur dix, la réponse est non ! C​‌’est le sort que la grande distribution réserve aujourd​‌’hui aux demandes ciblées et incontestables d​‌’ajustement tarifaire des industriels. Alors que l​‌’inflation repart à la hausse (+3 % à fin septembre) et que le pouvoir d​‌’achat reste la première préoccupation des Français, la maîtrise des prix du quotidien est essentielle. Mais elle ne peut pas reposer sur un seul maillon de la chaîne.

Pouvoir d​‌’achat : ce que la guerre des prix met en péril

Malgré les conflits au Moyen-Orient, les prix des produits de grande consommation sont stables sur un an (0 % à fin août). C​‌’est une bonne nouvelle pour les consommateurs. Mais elle masque une autre réalité : l​‌’industrie et l​‌’agriculture absorbent seules la hausse des coûts.

Depuis six mois, les emballages, le transport, l​‌’énergie et les matières premières ont alourdi les coûts des industriels avec des hausses pouvant aller jusqu​‌’à 10 %  et plus. Ils ne parviennent pas pour autant à en répercuter la part incompressible dans leurs prix de cession. Résultat : leurs marges se contractent, leurs investissements sont reportés et leur compétitivité s​‌’érode, et derrière eux, c​‌’est toute une partie de l​‌’agriculture française qui est touchée. À force de tirer les prix vers le bas, c​‌’est notre capacité à produire en France qui est fragilisée.

Des pratiques irresponsables et illégales qu​‌’il faut cesser

Plus grave encore : dès avril, la grande distribution a exigé de renégocier à la baisse les accords tout juste signés pour 2026. Elle l​‌’a fait alors même que la hausse des coûts industriels est objective et incontestable. Ces demandes touchent la très grande majorité des industriels et cumulent des exigences toutes prohibées par la loi : compensations de marge, alignement sur les prix de vente consommateur, comparaison d​‌’accords… Le tout est assorti de menaces et de sanctions à large échelle (arrêts de commandes, baisses d​‌’assortiment) qui frappent directement l​‌’outil de production.

Ce constat n​‌’est plus celui des seuls industriels. En mai dernier, la commission d​‌’enquête du Sénat sur les marges de l​‌’industrie et de la distribution alertait à son tour sur les effets de la guerre des prix sur l​‌’agriculture, l​‌’industrie et, à terme, sur notre souveraineté alimentaire.

Défendre le pouvoir d​‌’achat ne peut pas se résumer à défendre le prix le plus bas. Il est indispensable de garder des produits accessibles. Mais reporter durablement l​‌’effort sur ceux qui produisent ne l​‌’est pas.

Jouons donc la transparence jusqu​‌’au bout

Les industriels ne demandent ni la réouverture générale des négociations 2026, ni une hausse massive des prix, ni subventions. Ils demandent l​‌’application de la loi : le respect des accords signés pour un an, l​‌’ajustement ciblé des surcoûts incompressibles (quand c​‌’est nécessaire, pas dans six mois) et l​‌’arrêt des demandes de baisses injustifiées et des représailles commerciales.

Être responsable, c​‌’est aussi cesser de traiter les industriels de « profiteurs de crise » quand tous les indicateurs démontrent le contraire. D​‌’autant que les enseignes d​‌’indépendants (Leclerc, Intermarché et U, qui pèsent plus de 50 % de la grande distribution) ne publient jamais les comptes de résultats cumulés de leurs magasins ! Transparence bien ordonnée commence par ceux qui la réclament.

La responsabilité doit être collective, et chacun doit prendre sa part. Les industriels limitent leurs demandes aux surcoûts réellement subis. Les distributeurs, eux, doivent accepter ces ajustements lorsqu​‌’ils sont justifiés, respecter les accords conclus et la loi.

Protéger durablement le pouvoir d​‌’achat des Français impose de partager équitablement l​‌’effort. Et il y a urgence : chaque mois d​‌’attente se paie en investissements reportés et en emplois fragilisés dans nos territoires. Dès maintenant, il faut accorder les actes aux discours. Nous verrons alors si, face à la crise, nous sommes réellement TOUS responsables.

Nicolas Facon

Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure expérience sur notre site. Si vous continuez à l'utiliser, nous considérerons que vous acceptez l'utilisation des cookies.