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Rentabilité 2024 : les distributeurs indépendants deux fois plus rentables que les industriels – les faits sont là

31/08/2026

Chaque année, le même argument revient dans le débat public : les distributeurs travailleraient à des marges dérisoires, quand les industriels prospéreraient. L​‌’étude annuelle de l​‌’Ilec, conduite par Simon Parienté, professeur émérite de finance, sur données comptables 2024, tranche la question. Les faits sont les suivants : en 2024, les distributeurs indépendants affichent un retour sur capitaux employés de 14,5 % , quand celui des industriels alimentaires tombe à 7,7 % . L​‌’écart est quasi du simple au double. Il se creuse pour la troisième année consécutive.

Comparer ce qui est comparable

La marge nette en pourcentage du chiffre d​‌’affaires – l​‌’indicateur que les distributeurs brandissent volontiers – ne mesure pas la rentabilité. Elle mesure une proportion. Et même sur ce terrain, l​‌’écart est très loin de ce qu​‌’affirme le discours habituel : Leclerc affiche 2,8 % de marge nette, un industriel PGC 3,6 % . On est loin des « 1 à 2 % » côté distributeurs et « plus de 10 % » côté industriels que l​‌’on entend parfois. Mais ce chiffre reste trompeur, pour une autre raison : le chiffre d​‌’affaires moyen d​‌’un groupe de distributeur indépendant dépasse 36 milliards d​‌’euros ; celui d​‌’un industriel PGC est de 71 millions d​‌’euros en moyenne. Le rapport est de 1 à 511. À taux comparable, la marge en euros n​‌’a aucune commune mesure.

L​‌’écart est encore plus marqué quand on intègre les capitaux mobilisés. Pour générer 1 euro d​‌’EBITDA*, un industriel alimentaire doit engager 13,40 euros de capitaux – usines, lignes de production, R&D, marques, stocks. Un distributeur indépendant n​‌’en mobilise que 6,30. Le besoin en fonds de roulement des industriels représente 35 % de leur actif économique ; il est quasi nul pour les distributeurs, dont le travail consiste à faire de l​‌’achat-revente. C​‌’est ce que mesure le ROCE. Et c​‌’est pourquoi c​‌’est le bon indicateur.

Ce chiffre est même probablement encore inférieur à la réalité : un rapport de la commission d​‌’enquête sénatoriale relève que les principaux groupements indépendants ne publient pas de comptes consolidés. Leur rentabilité réelle pourrait donc être supérieure à celle mesurée ici.

14,5 % contre 7,7 %  : une réalité structurelle, pas conjoncturelle

Le ROCE des trois groupements indépendants – Leclerc, Intermarché, Coopérative U – est stable depuis 2022, entre 14,2 % et 14,7 % . Leur marge d​‌’EBITDA se situe entre 4,9 % et 6,5 % de leur chiffre d​‌’affaires, soit des résultats estimés à 3 milliards d​‌’euros pour Leclerc, 1,5 milliard pour Intermarché, 1,3 milliard pour Coopérative U. Ces niveaux sont solides, récurrents et en progression depuis 2018.

En face, le ROCE des industriels alimentaires est à 7,7 % en 2024, son plus bas niveau depuis 2019. Celui des industriels DPH recule de 13,7 % à 12,4 % . Les PME industrielles sont en première ligne : leur ROCE est nul ou négatif dès lors que leur chiffre d​‌’affaires est inférieur à 10 millions d​‌’euros. Les secteurs des boissons alcoolisées et de l​‌’épicerie ont subi les baisses les plus sévères.

Un détail géographique révélateur

L​‌’étude documente un fait rarement mis en lumière : la rentabilité des distributeurs indépendants est directement corrélée au niveau des prix de vente consommateur pratiqués dans chaque région. En Île-de-France et dans le Sud-Est – là où les prix sont les plus élevés selon les indices d​‌’Olivier Dauvers –, le ROCE des indépendants atteint respectivement 16,1 % et 17,9 % . Dans le Sud-Ouest et le Nord-Ouest, il tombe à 12,8 % et 13,0 % . Les conditions tarifaires sont négociées nationalement par les industriels. Les prix de revente varient, eux, selon les territoires. La valeur supplémentaire captée dans les zones les plus chères ne revient pas à l​‌’industriel.

Ce que cela signifie

La thèse d​‌’un secteur industriel nourricier d​‌’une distribution étranglée ne résiste pas à l​‌’analyse. Ce sont les industriels qui financent des actifs lourds, emploient dans des territoires, investissent dans la R&D et l​‌’innovation, et subissent d​‌’année en année pression continue sur leur rentabilité. Ce sont les distributeurs indépendants qui affichent les ROCE les plus élevés de la filière, une part de marché cumulée de 53,2 % en 2024 – en hausse de 13 points depuis 2007 –, et une stabilité financière que leurs homologues intégrés leur envient.

L​‌’Ilec publie cette étude chaque année pour que le débat sur le partage de la valeur repose sur des faits vérifiables et une méthode rigoureuse. Les chiffres 2024 confirment ce que nous portons depuis plusieurs années : le rapport de force économique réel n​‌’est pas celui que la rhétorique distributeur installe dans le débat public.

* Qu​‌’est-ce que l​‌’EBITDA ?
L​‌’EBITDA – Earnings Before Interest, Taxes, Depreciation and Amortization – mesure le résultat d​‌’une entreprise avant déduction des charges financières (intérêts sur la dette), des impôts, des dotations aux amortissements et des provisions. Il représente ce que l​‌’activité génère concrètement, indépendamment de la structure financière de l​‌’entreprise et de ses choix comptables d​‌’amortissement. C​‌’est pour cette raison qu​‌’il est utilisé pour comparer des entreprises de taille, de secteur ou de structure de financement différents. Dans cette étude, il sert à mesurer les capitaux qu​‌’un industriel ou un distributeur doit mobiliser pour produire 1 euro de résultat brut d​‌’exploitation.

MM - KT

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