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Coût environnemental : la méthode de base est là. Reste à bâtir les conditions d'une vraie comparaison.

27/05/2026

Le 13 mai 2026, le CGDD (Commissariat général au développement durable, direction du ministère de la Transition écologique) et l​‌’Ademe publiaient la méthode de calcul du coût environnemental des produits alimentaires. Cinq ans après que la loi Climat et Résilience (août 2021) a posé le principe d​‌’un affichage environnemental obligatoire, et six après les premières expérimentations pilotées par l​‌’Ademe en 2020. La méthode est stabilisée. Elle n​‌’est pas encore une norme opposable.

Ce que la méthode fait, et fait bien

Le score repose sur une analyse de cycle de vie (ACV) adossée au référentiel PEF européen (Product Environmental Footprint - méthode de la Commission européenne pour mesurer les impacts environnementaux sur l​‌’ensemble du cycle de vie d​‌’un produit), enrichie de quatre compléments hors ACV construits pour mieux intégrer la biodiversité : haies, taille des parcelles, diversité culturale, prairies.

L​‌’outil de calcul central est Ecobalyse, adossé à Agribalyse - base de données publique cogérée par l​‌’Ademe et l​‌’Inrae depuis 2009, qui recense les impacts environnementaux de plusieurs milliers d​‌’aliments selon une méthodologie ACV scientifiquement validée. Sa robustesse tient à ce double ancrage institutionnel et à dix-sept ans d​‌’enrichissement continu. Sa contrainte tient à sa nature même : des données de référence moyennées par catégorie de produit, non les données réelles de chaque producteur.

Les évolutions de la version actuelle sont substantielles : 200 solutions d​‌’emballage intégrées, 1 000 ingrédients déclinés par origine (France, UE, hors UE, bio). La méthode permet désormais de calculer des scores différenciés selon les modes de production (bio, origine France, etc.), là où une même catégorie de produits se voyait précédemment attribuer une valeur unique. C​‌’est précisément cette granularité croissante qui rend d​‌’autant plus nécessaire une validation rigoureuse des données sous-jacentes - les scores différenciés n​‌’ayant de valeur que si les hypothèses de calcul sont robustes et partagées.

La méthode distingue trois niveaux de précision croissante : le niveau 1 (données moyennes, approche simplifiée, seul niveau opérationnel à grande échelle), les niveaux 2 et 3 (données spécifiques entreprises, avec vérification par tierce partie pour le niveau 3 - référentiel encore en construction à l​‌’Ademe).

Des points restent ouverts : transport aérien sous-estimé, données de transformation insuffisantes, intégration des labels environnementaux (bio, HVE...) à préciser, convergence avec le PEF 4.0 européen à construire. La réglementation française n​‌’est, elle, pas encore fixée.

Leclerc n​‌’a pas attendu

Pendant que la méthode se stabilisait, Leclerc passait à l​‌’acte. L​‌’enseigne a annoncé le déploiement du coût environnemental sur plus de 6 000 de ses MDD alimentaires (drive d​‌’abord, magasins ensuite), calculé au niveau 1, majoritairement à partir d​‌’Agribalyse -- donc sur des coefficients d​‌’impact moyens. Et dans le même mouvement, elle a invité les marques nationales à s​‌’engager dans la même transparence.

La posture est cohérente avec la stratégie habituelle de l​‌’enseigne : devancer la réglementation pour en cadrer les termes. Ce n​‌’est pas neutre.

Le problème que personne ne résout encore

La méthode, en elle-même, est un travail sérieux et progressif. Le problème n​‌’est pas là. Il est dans la comparabilité des scores au sein d​‌’une même catégorie - a fortiori entre MDD et marques nationales.

Le niveau 1 repose sur des données moyennes génériques tirées d​‌’Agribalyse. Les marques nationales, elles, disposent souvent de données spécifiques - origine contrôlée, procédés de transformation, formulation, emballage - qui, aux niveaux 2 ou 3, peuvent modifier sensiblement le score. Mettre en regard un score calculé sur des moyennes génériques et un score intégrant des données réelles de production, c​‌’est comparer des produits fabriqués sur des bases différentes.

De plus, ces données spécifiques devront être certifiées par un tiers pour être opposables - ce qui représente un investissement réel pour les entreprises, et une condition sine qua non de leur crédibilité.

À quoi s​‌’ajoute une question de périmètre que la méthode ne tranche pas encore : l​‌’impact est calculé aux 100 grammes. Or on ne consomme pas 100 g de café comme on consomme 100 g de viande. Raisonner en portion consommée - voire à l​‌’échelle d​‌’un repas complet - changerait sensiblement les hiérarchies. Ce n​‌’est pas un détail : c​‌’est le niveau auquel le consommateur prend réellement ses décisions.

Le consommateur, lui, voit deux chiffres sur deux étiquettes. Il ne lit pas la note méthodologique.

Ce qui est urgent

La question n​‌’est pas de savoir si l​‌’affichage environnemental est souhaitable - il l​‌’est. La question est de savoir dans quelles conditions il est fiable et comparable. Avant que la réglementation ne tranche, une concertation structurée entre fabricants de MDD et marques nationales sur les règles de calcul et les conventions d​‌’affichage par catégorie n​‌’est pas un détail technique. C​‌’est une condition de crédibilité du dispositif entier.

MM

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